Cécilia et Victorien PASCAL JOLLIVET

Localisation :
Grenoble

Billets de lesptitsvadrouillards

La vallée de Kathmandu

Après près de 2 semaines de confort sommaire et de températures frisquettes sur les hauteurs des treks du Langtang et d’Helambu on est heureux de retrouver de nouveau la vibrante capitale népalaise. Par contre, la chaleur qui sévissait dans la vallée à notre arrivée semble s’être évanouie pour de bon. Eh oui, bientôt deux mois à sillonner le Népal. Une longue escale dans laquelle on assiste au changement de saison et au départ progressif des visiteurs. Nous profitons de nos derniers instants de globe-trotters pour partir à la découverte des nombreuses curiosités de la vallée de Kathmandu. Musée vivant de la culture népalaise et véritable cœur du pays, on ne peut y faire quelques centaines de mètres sans tomber sur un village médiéval ou un temple vieux de plusieurs siècles. Le talent des architectes et des artistes newar s’exprime partout dans la profusion de ces constructions typiques. Les bus locaux, nombreux, fréquents, très peu coûteux mais toujours noirs de monde (!), nous permettent de parcourir facilement la vallée.

Patan, banlieue de Kathmandu


Durbar Square de Patan On commence par Patan, ancienne cité-état pratiquement devenue une banlieue de Kathmandu depuis l'expansion citadine. Son spectaculaire Durbar Square (place impériale) abrite l’un des plus beaux ensemble de temples et de palais de tout le pays. L’impression générale de cette concentration de monuments de style newar (dernier rappel : briques rouges patinées et bois foncé finement sculpté pour les portes, fenêtres et linteaux) est vraiment saisissante. Une promenade dans les rues alentours nous offre un agréable aperçu de l’urbanisme traditionnel et de la vie communautaire qui s’organise autour des cours, bassins et petits temples. Le commerce déborde des boutiques. De nombreux étals de fruits et légumes et autres bric-à-brac en tous genres recouvrent les pavés des ruelles encombrées de passants et d’animaux en tout genre. En suivant les conseils du Lonely Planet, on déniche des places cachées et des jolis temples discrets. Les beignets et samossas des mini-gargotes nous régalent en cours de route. La découverte de la vieille ville fait ensuite place à une visite d’un tout autre registre. Virée au zoo de Patan En apprenant la présence dans les parages de l’unique zoo du Népal nous ne pouvions pas résister. Bien que des améliorations seraient toujours les bienvenues, les conditions de captivité des animaux n’y sont pas aussi terribles que ce à quoi on pourrait s’attendre. L’atmosphère y est très typique. Dans une ambiance bon enfant, groupes scolaires et locaux viennent découvrir les animaux emblématiques de cette région d’Asie : éléphants, tigres, hippopotames, rhinocéros, antilopes, gavial (rappelez-vous, sorte de croco),… Sympa. Pour couronner le tout, pour la première fois depuis notre arrivée, la pollution de la capitale n’arrive plus à nous cacher les hauts sommets à l’horizon.

Gigantesque stupa de Bodnath


Opulent monastère boudhique à Bodnath On change totalement d’ambiance avec Bodhnath, notre deuxième étape dans la vallée. Bâtie autour d’un gigantesque et splendide stupa blanchi à la chaux, la culture bouddhique tibétaine se développe ici sans entrave. Aujourd’hui la plupart des tibétains vivant ici sont d’ailleurs des réfugiés de Chine. Mais le stupa attire également de nombreux croyants des hauteurs du Népal. Une dizaine de monastères et d’ateliers fabricant les nombreux objets essentiels à la vie religieuse de cette communauté sont regroupés dans les quartiers à proximité du monument sacré. Les monastères ayant ouvert leurs portes aux étrangers il n’est pas rare d’apercevoir un occidental en robe bordeaux venu s’imprégner en profondeur de ce courant spirituel qui, à l’époque de nos « sociétés modernes stressantes », nous semble particulièrement en vogue. Quoi qu’il en soit, cet immense stupa fourmille de vie. Tout particulièrement en fin d’après-midi, quand de nombreux moines et pèlerins déferlent pour allumer des lampes à beurre, tourner des moulins à prières et psalmodier des mantras (prières sacrées) en égrenant leur chapelet durant le circuit rituel autour du dôme (toujours dans le sens des aiguilles d’une montre !). Il est aussi impressionnant d’admirer la ferveur avec laquelle des fidèles se prosternent de tout leur long, des centaines de fois à la suite, sur le sol de la cour. Parfaitement proportionné, ce monstrueux (par la taille) stupa est très gracieux. Le cercle d’immeubles étroits et colorés qui l’entoure ajoute au charme de l’ensemble. L’atmosphère des lieux, où très peu de véhicules circulent, est bien reposante. On s’installe donc pour quelques jours de calme. On en profitera pour jeter un coup d’œil aux imposants monastères des alentours. On est loin du grouillement crasseux entourant les temples hindous. Propres et très soignés, ces monastères sont aussi d’une extrême richesse avec leurs exubérantes toitures dorées, leurs matériaux précieux et leurs accumulations de fioritures raffinées. Le contraste entre l’opulence de ces « semi-palais » (et leurs occupants) et la pauvreté des populations locales en est presque indécent. On regrette également les faibles échanges entre la communauté de ces monastères, construits grâce aux dons des fidèles et aux subventions de pays extérieurs ralliés à la cause tibétaine, et les habitants de la région. Durant les heures de prières, on appréciera malgré tout les psalmodies des lamas accompagnées du claquement des cymbales, du grondement des tambours et de l’envoûtant son des trompes s’échappant des bâtiments.

A proximité du stupa de Bodnath


Eaux sacrées de la Bagmati à Pashupatinath A pied depuis Bodhnath, une agréable balade dans les faubourgs de Kathmandu nous mène rapidement à un site d’un tout autre style : Pashupatinath, temple hindou le plus important du Népal. Dressé au bord des eaux sacrées de la Bagmati, ce haut lieu de la spiritualité hindoue attire fidèles et sadhus de tout le sous-continent indien. Bien qu’encombrée de détritus et noire de pollution, la Bagmati est une rivière hautement sacrée et Pashupatinath l’équivalent de Bénarès (Varanasi) sur le Gange en Inde. Dans une absence étonnante de cérémonial de nombreux népalais se font incinérer sur les ghats (bûchers) de crémation installés sur les rives. Loin des moines tibétains, nous voilà replongés dans le côté indien du Népal : femmes en saris étincelants, sadhus amaigris, colliers d’œillets, encens, offrandes aux pieds de petites statuettes, saleté générale,… Impressionnantes colonies de singes à Pashupatinath En grimpant sur la colline qui domine l’ensemble on traverse une multitude de temples disséminés dans une forêt clairsemée. On y croise également les cervidés du Parc des Daims et surtout l’immense communauté de singes qui colonisent les bosquets de ce promontoire. Ils sont hyper nombreux. C’est de la folie, des centaines de macaques nous entourent. On n’en a jamais vu autant de toute notre vie ! A vrai dire c’est même un peu flippant car ils restent tout de même des animaux sauvages… avec de sacrées dents ! Mais notre présence semble totalement les désintéresser.

Temple Nyatapola à Bakhtapur On poursuit notre route jusqu’à Bakhtapur, troisième cité-état de la vallée possédant également son propre Durbar Square. Moins impressionnant que les deux autres (Kathmandu et Patan) ce dernier reste cependant magnifique. Parmi les bâtiments historiques les plus remarquables citons le Palais aux 55 Fenêtres et surtout le temple Nyatapola, notre petit préféré du Népal (et aussi le plus haut !). C’est un temple en bois et brique de style pagode, à cinq toits successifs, flanqué d’une raide volée de marches. L’escalier est encadré par une série de gardes en pierre (lutteurs, éléphants, lions, griffons et déesses) ; chacun étant symboliquement dix fois plus fort que son prédécesseur. Quelle ampleur ! Outre cette magnifique place impériale l’intérêt particulier de Bakhtapur réside en sa vieille ville médiévale newar (aucun bâtiment moderne) très étendue et fort bien préservée. La meilleure chose à faire est de flâner sans but pour s’imprégner de l’atmosphère des lieux. Les étroites rues pavées de briques relient une série de places et de cours habillées de temples, statues, bassins et autels religieux. Ces places principales bordées de temples se déploient dans un cadre rural agréable. Bien que le charme newar et l’animation des villages népalais nous enthousiasment moins qu’à nos débuts (forcément, après 2 mois sur place on s’habitue) on apprécie toujours cette ambiance toute particulière au pays. Place des Potiers de Bakhtapur Déjà un peu échappé de l’urbanisation de Kathmandu on respire mieux par ici. Dans la ville on trouve rapidement des cultures, de verdoyantes collines nous entourent et la chaîne de l’Himalaya se dévoile au loin. Véritable star locale l’intéressante Place des Potiers retient notre attention. Sur l’esplanade centrale, des rangées de poteries sèchent au soleil tandis qu’une production active sort des minuscules ateliers alentours. Savoir-faire et cadence des artisans sont impressionnants. A deux pas se tiennent de gros fours en paille couverts de terre tenus prêt pour la cuisson.

En grimpant jusqu’au temple de Suriya Binayak, un énième lieu de culte hindou sans charme particulier installé à l’orée des collines, on prend du recul sur l’ensemble de la ville. De là on voit nettement émerger des toitures de Bakhtapur le majestueux Nyatapola (30 m de haut), tandis que la vue sur la vallée s’ouvre tout autour. Chouette.

Vue sur les toits de Bakhtapur et l'Himalaya


Architecture délabrée du vieux DhulikhelPour finir et toujours en bus local, on pousse jusqu’à Dhulikhel, bourgade paumée au fond de la vallée. Alternative tranquille et peu touristique au fameux village de Nagarkot, la crête où est situé ce village offre un fabuleux panorama (eh oui, encore un) sur l’Himalaya. Elles sont partout ces montagnes ! Dans cette bourgade typique qui ne se résume pas à accueillir les touristes attirés par la vue, on se mêle à la vie locale dans les gargotes du coin. On s’installe dans une auberge familiale perchée sur une colline à l’écart du bourg, en pleine Escale champêtre à Dhulikhelcampagne, et d’où la vue est juste magnifique. Le terrain est entouré de plantes, de fleurs et de quelques chèvres à grandes oreilles qui traînent dans les parages. Pour ne rien gâcher, le temps est splendide depuis quelques jours. Comme l’indique notre guide, il fait bon flâner dans le centre du petit village. Les rues sont bordées de maisons en briques manquant bientôt de s’écrouler sur leurs propriétaires qui préfèrent discuter ou jouer aux cartes sur le pas de leur porte plutôt que de réparer les dégâts.

Le cadre rural des alentours se prête parfaitement à la marche. On part donc sac au dos, décidés à rejoindre Panauti via le site de Namobuddha. Un agréable chemin serpente à travers une superbe campagne vallonnée avant d’atteindre Namobuddha. La légende raconte que l’un des bouddhas du passé rencontra ici une tigresse sur le point de mourir de faim et incapable de nourrir ses petits. Pris de pitié, il s’offrit en pâture à l’animal, un acte de compassion qui lui aurait permis d’atteindre les sphères supérieures de l’existence. IPaysage rural de Namobuddha à Panautil s’agit en fait d’un minuscule village bouddhiste surplombé par un regroupement de monastères tibétains. Une fois encore l’opulence des constructions religieuses est remarquable et visible de loin. L’ensemble (monastères sur la colline, montagnes enneigées en arrière plan et campagne verdoyante autour) est de toute beauté ! On poursuit notre route le long d’une jolie vallée agricole où les plantations d’orangers font placent aux céréales. Le temps est avec nous : grand soleil et pas un seul nuage. Entre scènes de vie champêtres et villages tranquilles on finit par atteindre Panauti. Usés par cette longue journée de marche on y attrape un bus pour Kathmandu. Avec la circulation terrible de fin de journée on met un temps fou à arriver à destination.

Vue d'ensemble sur le site de Namobuddha


En prévision des fêtes de Noël toutes proches nous passons nos derniers jours de grands voyageurs à faire les boutiques de souvenirs, passant d’une échoppe à l’autre pour négocier nos différentes emplettes. On rentre ainsi fourbus, les bras bien chargés. Faire entrer tout ça dans nos sacs à dos ne sera pas une mince affaire ! Le reste du temps on « glandouille tranquillement » sans occupation particulière. Etrange sensation où l’on est déjà plus dans l’optique de faire de nouvelles découvertes mais pas encore vraiment de retour. Tout comme notre tour du monde, la saison touristique népalaise touche à sa fin. L’ambiance a visiblement changée. Les rues habituellement bondées du quartier touristique de Thamel sont anormalement calmes. L’activité de tous les établissements est fortement réduite. Les derniers visiteurs semblent tous sur le départ. Ptits vieux népalais On en regretterait presque la circulation infernale et la possibilité de pouvoir enfin se déplacer sans avoir à se frayer difficilement un sillon dans la marée humaine. La majeur partie des commerces étant des boutiques de souvenirs, le quartier s’endort avec elles lorsque les rideaux de fer se baissent pour de bon. Les locaux reprennent le terrain, emmitouflés dans des couches supplémentaires pour mieux accueillir l’hiver qui approche à grands pas. Quelques irréductibles vacanciers débarquent seulement maintenant. Le froid étant chaque jour plus mordant et la neige bloquant déjà un bon nombre de treks, on leur souhaite bien du courage.

Différent de ce quoi l’on s’attendait, le Népal aura pourtant été une étape finale idéale pour les amoureux de montagnes que nous sommes. Le jour du grand retour finit par arriver mais on se console facilement à l’idée de passer Noël en famille. Nous ne sommes pourtant pas près d’être chez nous. Nous devrons d’abord surmonter trois vols internationaux et deux longues escales, soit plus de 32 heures de transport et d’attentes inconfortables avant de pouvoir enfin retrouver la grisaille parisienne. Ah…, les joies des transports aériens !

 

On finit en beauté avec le Népal



PS : Premières impressions à l’arrivée : …gla gla gla… il fait froid !


Contact : lesptitsvadrouillards@gmail.com

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