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Transmongolien : de Oulan Bator à Beijing

On arrive à Oulan Bator Après la lente et longue traversée de l’empire soviétique, notre aventure du rail continue à bord du transmongolien. Point d’entrée au pays des nomades, le poste frontière de Soukhe Bator. L’ensemble des voyageurs a coutume d’obtenir tous ses visas avant le départ. Les douaniers font donc la gueule quand ils comprennent que l’on veut prendre les nôtres « on arrival ». Ils ont sans doute perdu l’habitude de bosser car c’est en traînant la patte qu’ils ouvrent spécialement pour nous, en plein après-midi, le bureau des visas. Enfin, les formalités administratives sont nettement moins pénibles que du côté russe et ça nous permet de quitter l’atmosphère surchauffée des wagons. Contre rémunération, on obtient rapidement notre laissez-passer agrémenté du coup de tampon officiel.

Ancien temple et immeuble moderne à Oulan Bator Le train reprend doucement sa marche vers le sud. Encore un repas lyophilisé et une nuit sur la couchette avant de débarquer. Aux premières lueurs du jour on ouvre un œil sur la Mongolie : troupeaux de chevaux sauvages et yourtes dans une campagne pelée n’offrant rien d’autre à l’horizon. Les paysages ont légèrement pris du relief mais quelques kilomètres avant la capitale c’est encore et toujours le « walou aérien » des steppes qui domine. Puis, au détour de la vallée de Tuul, la ville apparaît brusquement. Oulan Bator, étrange assortiment de barres d’immeubles en béton délabré, de sinistres cheminées et de quelques tours de verre dans son hyper-centre, est bordé de grandes banlieues basses. Dans ces faubourgs étendus s’agglutinent les yourtes et de multiples cabanes et maisonnettes dont les toitures colorées forment un joyeux patchwork de taches vives. Dépeint comme une ville glauque à l’architecture bétonnée, Oulan Bator a mauvaise réputation dans l’esprit des voyageurs. Pourtant, de prime abord (impression confirmée par la suite), la ville ne nous apparaît pas si tristou et plutôt paisible. Il faut dire qu’après Lima au Pérou ou certaines agglomérations de Malaisie on est préparé au pire. Vivante et bigarrée, la capitale est pleine d’énergie et de visions insolites où le vent du progrès côtoie l’héritage « colonial » et traditionnel. Au niveau de l’imposante place de Soukhe Bator on est au cœur de la ville. L’empreinte de « l’influence russe » (pour rester dans le politiquement correct) est omniprésente : multiples immeubles d’habitation mornes et sans grâce, grands théâtres aux couleurs vives, bâtiments officiels écrasants,… Un bon point pour la capitale mongole, la cuisine internationale, étonnamment variée, y est très bien représentée. On profite donc avec grand plaisir de ses bonnes tables à prix doux et de ses nombreuses adresses succulentes. Hormis le long de la Peace Avenue, l’artère touristique aux multiples boutiques, les restaurants « westerns » et les pubs sont abondamment fréquentés par les locaux qui adorent sortir, boire un coup et faire la fête. La vie nocturne est d’ailleurs bien développée dans cette capitale.

Notre yourte pour quelques jours... (Oulan Bator) Dans un quartier populaire en bordure du centre-ville, on loge à la « Gana’s Guest House ». Pension la plus vieille de la ville, ce camp de yourtes rustique est une bonne alternative aux minuscules auberges-appartements bondées du centre. On s’y sent vite chez nous. Oulan Bator est une ville calme et sans danger pour les voyageurs. La seule chose à craindre : les pickpockets qui semblent particulièrement actifs et bien rodés ici. En effet, depuis Moscou et sans exception, tous les voyageurs que l’on a rencontrés et qui sont passé par ici se sont fait volé quelque chose (sac, appareil photo, passeport, etc). Il y a de quoi raviver et intensifier notre vigilance ! Dès notre première sortie on se la joue donc en mode « parano ». Technique qui portera ses fruits. En route pour notre première visite culturelle, les bureaux de l’immigration, on croise de nombreux troupeaux de moutons aux limites de la ville. Et oui, c’est directement au bord de la route qu’a lieu le commerce du bétail. En cette première journée on a également l’occasion de faire connaissance avec l’incontournable Ginggis Khan, figure importante de l’histoire du pays que l’on retrouve partout (sur les billets de banque, la bière local, le nom des restaurant, les murs, en image dérivée de nombreux souvenirs, en peinture, en sculpture géante, sur son cheval et le sabre en main,...). Figure nationale emblématique à l’origine de la création de l’empire mongol il est encore aujourd’hui considéré comme un véritable héros.

Les jours qui suivent ne sont pas forcément très drôles. Cécilia réalise qu’elle est vraiment très fatiguée (physiquement et mentalement) de voyager. C’est sûr, 13 mois de baroudage en perpétuel mouvement dans des pays étrangers aux cultures parfois bien différentes, ça use un globe-trotter. Ce n’est pas un fait nouveau mais une fois arrivés en Mongolie il devient incontournable. Du point de vue organisation, voyage en autonomie et conditions de vie rudimentaires, c’est peut-être le pays le plus hostile que nous ayons traversé. Quelques chiffres : sur une surface équivalent à 3 fois la France, la population de Mongolie est 23 fois plus faible qu’en hexagone alors qu’une personne sur trois vie à la capitale. Dans ce vaste pays de nomades se déplaçant au grès des pâturages, les infrastructures sont très peu développées et les déplacements autonomes compliqués. Bref un vrai désert, parsemé de quelques villages et d’éphémères camps d’éleveurs où la moindre excursion en solo est soit fastidieuse, soit carrément impossible alors que les tours organisés sont souvent hors de prix. Jusque là rien d'étonnant, mais tout aurait été différent si cela avait été notre première escale. Ajoutez à cela le fait que la Mongolie (en-dehors de Oulan Bator bien sûr) est un véritable « désert gastronomique » avec, aux trois menus quotidiens, du bouillon, du mouton séché, du riz et des laitages douteux, et là Cécilia cale. Le projet initial, à savoir un mois et demi d’immersion dans l’Ouest du pays devient trop ambitieux. Tout ce qui avant avait du goût dans le voyage lui est devenu pesant : la découverte de nouvelles cultures, des plats différents et parfois étranges pris en gargote, des manières de vivre inattendues, des trajets éreintants en transports locaux, les multiples galères inévitables, les longues heures d’attentes, etc. De son côté Victor ressent moins cette pesante fatigue et souhaite continuer à explorer les parages. On avait donc un sérieux problème à résoudre ! Il nous fallait être concret et réaliste pour y venir à bout. La réflexion fut intense et les solutions envisagées multiples. Après moulte réflexions on tombera finalement d’accord sur un compromis acceptable pour nous deux. D'abord aller faire une excursion dans la campagne mongole en organisant à l’avance le périple avec un local, histoire de profiter quand même des grandes steppes et sans trop se crever. Après on enchaînera directement sur la dernière partie du programme : transmongolien jusqu’en Chine et visite de Beijing. Victor restera ensuite dans ce pays pour fureter en solo tandis que Cécilia s'envolera recharger complètement ses batteries en France avant l’Everest de ce tour du monde : le Népal. On s’accorde à penser qu’il serait vraiment dommage de "gâcher" ou ne pas profiter à 100% de cette dernière escale tant attendue à cause de la fatigue accumulée dans un endroit moins attrayant.

Cérémonie d'ouverture du Naadam

Dans tout ça on a la chance d’être sur place au moment du Naadam, événement le plus important de l’année mongole ayant lieu les 11 et 12 juillet. A la fois olympiades nomades, réunion familiale et foire, cette fête incontournable est célébrée dans tout le pays. Le premier jour le vrai spectacle débute au grand stade avec la cérémonie d’ouverture. En chemin, on se rend tout de suite compte que le jour est spécial. D’habitude si animées les rues sont désertes et les magasins clos. En revanche, aux abords du stade, la foule se masse dans une excitation palpable. Les gens ont sorti leur tenue des grands jours et pressent le pas. Depuis les gradins on assiste à un véritable show carnavalesque avec orchestre militaire, groupe de « rock », danses en vêtements traditionnels, discours, lâchés de ballons, défilé haut en couleur des sponsors (banques, hôtels et autres), démonstrations de combats de la police et de l’armée, folles chevauchées et acrobaties équestres, lâchés de parachutistes atterrissant tant bien que mal au milieu du stade (parfois directement sur les danseurs !),… Bref on a le droit à la totale, du gros n’importe quoi dans une ambiance décontractée et bon enfant. Les mongols, venus en famille, sont visiblement heureux d’être là.

Epreuve de lutte pendant le Naadam Débute ensuite le tournoi de lutte, le plus viril (d’ailleurs réservé aux hommes) des trois disciplines authentiques du Naadam. Les lutteurs sont vêtus de grosses bottes, d’une culotte et d’un boléro ouvert de couleurs bleu et rouge. En duel et sans limite de temps, les participants doivent faire toucher le sol à leur adversaire avec une partie du corps autre que pieds et mains. A regarder c’est assez lassant. Ils se tiennent par les épaules un bon moment. Il ne se passe alors pas grand chose et d’un coup l’un d’eux se retrouve à terre. Et puis c’est toujours les plus gros qui gagnent, c’est pas du jeu ! Le plus drôle pour nous reste la « danse de l’aigle », mini parade que chaque concurrent effectue avant de combattre. On dirait des bourrés qui dansent en cercle les bras ouverts pour tenter de s’envoler. Symboliquement ce serait plutôt pour avoir la force de l’aigle, qui après avoir repéré sa proie s’abat sur elle sans erreur.

Epreuve du tir à l'arc pendant le Naadam Autour du stade aussi l’ambiance est à la fête. La foule grouille au milieu des centaines d’échoppes qui ont fleuri pour l’occasion. Aux gargotes de beignets de mouton et étales de souvenirs viennent s’ajouter de nombreux stands de style kermesse : chamboule tout, jeux d’argent et de hasard, tatouage à la peinture, billard, espace pour les jeunes,… Les gens s’amusent comme des gamins ça fait plaisir à voir. A côté, dans un stade en plein air a lieu l’épreuve de tir à l’arc. Les hommes se tiennent à 75 m et les femmes à 60 m de la cible, une série de plots alignés au sol. Après chaque tir les juges poussent de drôles de cris, lèvent les bras et chantent pour en indiquer la qualité. Les archers ont fière allure dans leurs beaux costumes traditionnels. Hyper concentrés et le regard perçant, aucune émotion ne transparaît sur leur visage, quelque soit leur performance. On apprécie particulièrement cette épreuve où l’on peut se placer à quelques centimètres de l’action.

C'est la fête pendant le Naadam ! Non loin de là, dans une halle au toit de tôle, se tient l’épreuve la plus insolite, le tir à l’astragale (os de la patte) de mouton. A ce jeu de concentration et de précision (allez savoir pourquoi mais lui aussi est réservé aux hommes), il faut viser deux petits os posés sur une tablette à l’aide d’un petit palet (lui-même en os). Les tireurs installés sur un tapis utilisent un support en bois et leur majeur pour propulser l’os. Voilà à peu près tout ce que nous avons réussi à comprendre par nous-mêmes. Le système de comptage des points reste quand à lui un mystère. Mais tout ce cérémonial est bien rigolo. Au moment des finales une ambiance survoltée règne dans la halle où les spectateurs se massent autour des concurrents. Malheureusement un déluge de fin d’après-midi abrège les festivités.

Ca bataille ferme pour la troisième place ! Le second jour on se rend au champ de courses situé en pleine steppe à environ 60 km à l’ouest de la ville. A bord d’un bus local bondé, debout, tassés en pleine chaleur, on se joint à l’énorme cortège en route vers les courses équestres. La circulation est folle et anarchique. Chacun essaie de s’imposer, les pare-chocs se frôlent, on pile pour laisser passer une voiture qui insiste. Il y a des véhicules de partout. Des bus bien remplis, des mini-vans, des 4x4, des voitures privées,… chacun essayant de grappiller quelques places. Après 1h30 de cohue infernale, on quitte la route principale, contourne une colline et là… waou ! Des voitures sont garées à perte de vue et les gens sont partout. On dirait que toute la ville s’est donné rendez-vous là. Encore une fois il règne une super ambiance. En famille les gens ont planté leur tente face au champ de course. Les yourtes des éleveurs, venus des quatre coins du pays pour l’événement, s’étalent aux alentours. On retrouve également des stands d’animation et de restauration. Ce grand rassemblement en pleine steppe est bien étonnant. A cause des bouchons on a raté la grande finale mais on a quand même le plaisir d’assister à l’arrivée d’une dernière course. Ca bataille ferme pour les premières places. Fait original, cette discipline est réservé aux gamins de moins de 12 ans. Les plus jeunes concurrents ont du monter à cheval avant d’apprendre à marcher. Certains bambins, pas plus hauts que trois pommes, sont carrément ficelés à leur selle, alors que d’autres montent à cru. Ils sont tous trop mignons à galoper comme ça. Un grand bravo à eux car ces courses se jouent sur des dizaines de kilomètres. Pour les mongols, la transpiration équine porterait chance. C’est pourquoi à la fin d’une course on les voit courir après les participants pour récupérer d’une main fébrile le précieux élixir qu’ils se badigeonnent ensuite sur la figure. Un grand moment !  

Victor se la joue cow-boy solitaire On passe ensuite quelques jours à organiser avec Tsogto, un particulier mongol parlant français (ce qui est loin d’être négligeable), ayant des contact avec des éleveurs locaux et montant son agence de tourisme (Urga Tours), les détails de notre virée sur mesure dans l’arrière pays. Objectif : une expédition de quatre jours à cheval dans les monts du Khenti, à l’Ouest du parc national Terelj. Après deux heures de route, notre 4x4 nous dépose près d’une rivière où deux éleveurs faisant la sieste, Touro et Mougui, nous attendent avec cinq de leurs chevaux (un pour chacun d’entre nous plus le cheval de bât qui transportera tout le matériel). On fait connaissance avec nos guides et nos montures. Celle de Cécilia est une jolie jument blanche qui déteste les mouches. Victor hérite lui d’un jeune étalon bien amoché. Il s’est entre autre fait bouffer une oreille pour avoir essayer un peu trop tôt de prendre la place de l’étalon dominant. Les bourrins mongols sont assez courts sur pattes (comme ça on a moins peur de tomber) et ceux-là particulièrement gentils et dociles. Par contre on est loin des relations homme / cheval de l’univers équestre français. Nos guides prennent peu soin de leur montures et jamais le temps de les bichonner ou de les nettoyer comme cela se fait chez nous. Ils sont donc tout sales et un peu « usés » prématurément.

Les steppes mongoles des monts du Khenti

Ensuite c’est parti pour quatre jours de chevauchée sauvage durant lesquels on prend pleinement conscience de ce que signifie l’expression « grandes steppes mongoles ». On progresse tour à tour au cœur de vallées démesurées entourées de collines pelées, le long d’une belle rivière bordée de végétation (que l’on traverse à plusieurs reprises, l’eau arrivant parfois presque à la selle !) et à travers des forêts d’épineux où l’on slalome entre les troncs. De temps à autre on croise quelques campements d’éleveurs et leurs yourtes blanches qui se détachent au loin. Le soir on campe au milieu de ces vastes espaces de nature avec pour seuls voisins, les troupeaux de moutons, chèvres, vaches, chevaux ou yacks qui transitent quasiment livrés à eux mêmes. On découvre également les plaisirs et la variété de la cuisine mongole nomade cuite dans un gros chaudron sur un feu de bois et de bouse séchée. Au menu de chacun des trois repas quotidiens, une soupe agrémentée de patates, choux, viande de mouton séchée et pâtes ou riz. Repos mérité au  campement du soirUne variante cependant avec de bonnes et grasses galettes préparées à la main par nos acolytes. A notre grand bonheur on passe ainsi quatre journées ensoleillées à vivre à la façon des cow-boys, à se tanner le cul (jusqu’au sang pour Victor) sur des selles horriblement inconfortables, à se taillader les mollets avec les lanières des étriers (tip-top le matos mongol ! lol) et à prier que notre cheval passe du pas au galop en zappant la phase trot qui secoue beaucoup trop. Mais tout cela n’est rien comparé au sentiment de plénitude intense que l’on ressent en traversant au grand galop ces gigantesques plaines et ces contrées insolites. Tout simplement génial ! On n’est pas prêt d’oublier ces grands moments ; nos fesses non plus d’ailleurs. Elles mettront même une bonne semaine avant de s’en remettre pleinement, lol.

Vue sur Oulan Bator depuis le Zaisan Memorial De retour à la capitale on en profite pour faire un peu de visite avant le départ de notre train pour la Chine. Si, pour cause de fermeture exceptionnelle, nous n’avons pas la chance de nous mêler à l’animation du Marché Noir, le Naran Tuul Market, on se rend par contre au Zaisan Memorial. Sur cette colline, d’où l’on jouit d’une vue superbe sur le paysage vallonné environnant et la ville qui s’étend dans la vallée, trône une gigantesque fresque en fine mosaïque franchement orientée à la gloire de la faucille et du marteau. Elle met en scène de valeureux communistes de type russe en train de vaincre le mal et de répandre la paix sur le monde ! Kitschissime à souhait mais néanmoins très réussi. On admire aussi les jolies pagodes et les toits superposés du Winter Bogd Khan Palace, édifice de style chinois. Et surtout on profite encore et toujours des bons petits plats des restaurants de Oulan Bator.

Rues animés d'Oulan Bator La ville est assez étendue et faute de plan, les trajets des lignes de bus assez obscures, mais il existe une solution alternative idéal pour se déplacer : le taxi-pouce. Depuis le bord de la route il vous suffit de faire signe aux véhicules. Habituellement une voiture s’arrêtera dans la minute même pour vous prendre. Drôlement rapide et économique (le prix étant fixé à 500 T du km, soit 0,30 €) on apprécie particulièrement ce moyen de transport fort pratique. Par contre on ne peut pas dire que les rues de la ville soient faites pour les piétons. Même quand le feu est vert pour eux ils doivent se montrer très vigilants et faire face à une circulation automobile anarchique qui ne tient nullement compte d’eux. Sur les trottoirs ils doivent également penser à bien regarder où ils mettent les pieds au risque de tomber dans l’une des nombreuses bouches d’égout restées ouvertes. Enfin, après les quelques orages de saisons on a aussi pu remarquer que l’hydraulique de surface et l’évacuation des eaux de ruissellement n’est pas encore le fort des ingénieurs du BTP mongol. En effet, durant chaque pluie les chaussées sont en crue, les trottoirs inondés et traverser la rue s’apparente à un véritable passage de gué. C’est marrant.

Transmongolien à travers le désert de Gobi

Comme on en a maintenant pris l’habitude depuis Moscou, c’est en train que l’on quitte prématurément le pays de Ginggis Khan. Ce dernier volet du transsiberien-transmongolien est d’ailleurs assez pénible. Il fait extrêmement chaud et lourd dans les rames, l’air du dehors n’apportant aucun rafraîchissement. Au sud de Oulan Bator on pénètre rapidement les plaines arides du désert de Gobi. De longues heures durant on voit défiler les paysages hostile de ces grandes étendues, contrées vierges de tout. Quel spectacle désolant. Il n’y a RIEN ! Rien qu’un soleil implacable, pas un soupçon d’ombre et à peine un peu d’eau pour survivre... Et pourtant, au milieu de ce néant, on croise quelques (mais vraiment pas beaucoup) villages et habitations de résistants. On tremble d’effrois en s’imaginant vivre dans l’un de ces bleds perdus au bout du monde.

Nous voilà en Chine ! A la frontière ce sont comme toujours des officiels très sérieux et pas prêts de rigoler qui montent dans le train pour vérifier passeports et visas. Arrivée nocturne à la frontière chinoise où l’arrêt est plus long. En effet, les russes et les mongols n’utilisant pas un écartement de rail « standard » il nous faut changer les boggies du train (« les roues » quoi !). Pour cela le train est dirigé vers un hangar où les wagons sont séparés les uns des autres puis surélevés pour pouvoir changer les fameux « boggies ». Pendant toutes ces opérations on reste sagement « enfermés » dans nos rames attendant que les choses se fassent. Entre Zamyn Uud, la ville frontière côté Mongolie et Erlian, l’équivalent côté Chine, la différence est saisissante. Seuls quelques kilomètres séparent ces deux mondes si opposés. Sans transition on passe d’un extrême à l’autre, du plus pur « walou aérien » à la modernité chinoise. Effectivement, on a maintenant affaire à une véritable ville avec immeubles, grandes enseignes et néons flashis, grande et jolie gare, magasin fourni,... Quel contraste ahurissant ! Cette image de la Chine va d’ailleurs perdurer.

La Petite Reine de Pékin (non pas Céc mais la bicyclette !) Le lendemain, alors que presque 8 000 kilomètres de rail nous séparent maintenant de notre point de départ russe, on est littéralement écrasés par le soleil et la chaleur moite qui règnent à la gare de Beijing. Et sur le parvis, quelle monde, ça grouille de chinois (forcément...) dans tous les sens ! Il y a une queue monstre aux guichets des billets de trains, de métro, aux distributeurs d’argent et devant les taxis. Après la Mongolie c’est fou de voir autant de gens d’un seul coup. On rallie notre guesthouse, située au centre de la ville dans un sympathique « hutong », une de ces ruelles antiques des quartiers populaires. A deux pas et pour une bouchée de pain, un monsieur loue des vélos un peu pourris. Durant notre séjour il nous verra quotidiennement à son échoppe. Eh oui on comprend vite que le vélo est une bénédiction pour arpenter les larges avenues de cette gigantesque agglomération étendue sur de nombreux kilomètres. Beijing, la ville où la « petite reine » est reine ! Que des avantages : rapide, rafraîchissant, musclant les gambettes, permettant d’aller et de se garer partout en partageant le moyen de transport de nombre de locaux. Notons également que le réseau urbain a su s’adapter et intégrer la circulation des deux roues. Sur toutes les rues et grands axes il y a des pistes cyclables. Mais là attention, rien à voir avec nos minuscules bandes pour cycles rajoutées comme à contre cœur entre la rue et le trottoir, ici ce sont de larges voies de circulation aussi importantes que celles des voitures. Et pas uniquement de temps en temps, par ci par là, un coup à droite, un coup à gauche comme en France, mais bien dans chaque artère et dans les deux sens s’il vous plaît ! L’ère du progrès étant en marche, de nombreux cyclo et scooters électriques viennent également frayer avec les pédaleurs.

Le Temple du Ciel (Beijing) Il y en a des choses à voir et à faire dans cette grande cité à l’impressionnant patrimoine historique hérité de l’époque impériale. Autant dire qu’on ne chôme pas ! Avec de nombreuses visites culturelles nos journées sont bien remplies. Le grand parc du Temple du Ciel et ses vertes pelouses plantées d’arbres centenaires nous offre un agréable aperçu de l’architecture traditionnelle. L’atmosphère y est détendue. Des gens dansent, d’autres jouent de la musique, certains font de l’exercice, du taï-chi ou encore du badminton.

La fameuse Cité Interdite (Beijing) La mythique Cité Interdite, en son temps considérée comme le centre de l’Empire du Milieu, est quand à elle noire de monde. De multiples groupes de visiteurs affublés d’un même t-shirt ou d’une même casquette suivent au pas de course et en rangs bien serrés leur guide et son drapeau. Le tourisme de masse chinois n’est décidément pas une légende. Ancien lieu de résidence de l’empereur et de ses dizaines de concubines, également utilisé pour les cérémonies et les réceptions officielles, le domaine tout entier impose le respect et a encore aujourd’hui fière allure. Il est cependant difficile de s’imaginer la vie quotidienne des gens de l’époque. Les nombreux édifices aux noms incroyables (« Palais de la Tranquillité Compatissante », « Palais de l’Harmonie Préservée », « Palais des Elégances Accumulées », « Palais de la Longévité Tranquille », ...) sont tout simplement magnifiques. On apprécie également la fraîcheur des jardins impériaux dans la partie privée de la Cour Intérieure.

Mao surveille la place Tien'Anmen depuis la porte de la Paix Céleste (Beijing) Cœur de la vie politique pékinoise, la vaste place Tian’Anmen nous apparaît froide et peu avenante avec ses barrières qui l’entourent et le contrôle des bagages à l’entrée. En son centre trône le mausolée du président Mao, personnage spécial à l’image encore fortement ancrée dans l’esprit de la population. C’est pour nous assez troublant mais nombre de chinois semblent encore lui vouer un véritable culte. On nous en parle souvent avec fierté comme étant l’un des fondateurs des valeurs chinoises, rien que ca ?!? Une chose est sûre, au pays de l’absence de véritable liberté d’expression, on se gardera de révéler notre entière opinion (quelle chance avons-nous de pouvoir le faire sur ce site…). Un grand portrait de son éminence surveille d’ailleurs la place depuis la porte de la Paix Céleste au Nord.

Bassin de fleurs de lotus au Palais d'Eté (Beijing) Le Palais d’Eté, gigantesque parc aux « mensurations » démesurées (290 hectares dont 220 sont couverts par le lac Kunming et 420 000 arbres !!) nous offre une longue promenade bucolique : jardins, immense lac, champs de lotus, colline couverte de végétation, édifices dispersés sur les rives,... On retiendra l’originale rue de Suzhou : l’empereur n’étant pas autorisé à se mêler au peuple, on poussa la fantaisie jusqu’à reconstituer un canal bordé de quais commerçants, autrefois peuplés d’eunuques acteurs déguisés en marchands et clients afin de donner vie à ce décor. Un fois encore les visiteurs sont venus nombreux.

Passage quasi obligatoire pour quiconque pose un pied en Chine, avec sa démesure architecturale, l’incontournable (c’est le cas de le dire !) Grande Muraille est devenue le symbole par excellence de la civilisation chinoise. C’est à Mutianyu que l’on choisit de la découvrir, zone moins fréquentée que d’autres (Badaling par exemple). L’environnement y est assez sauvage, entre forêts et collines escarpées. Ouvrage défensif, la muraille a surtout joué un rôle dissuasif mais n’a jamais eu à arrêter une invasion. Malheureusement pour nous ce satané « smog », sorte de brume épaisse qui squatte le ciel depuis notre arrivée, nous gâche un peu la jolie et tant attendue vue sur l’enfilade de la muraille sur la crête des collines. On se balade sur les remparts parfaitement restaurés et jalonnés d’une successions de tours de guet.

 

La Grande Muraille de Chine à Mutianyu

 

Atmosphère d'antan dans les derniers hutongs pékinois Beijing est une ville à deux visages. Capitale moderne, vitrine du développement, elle arbore fièrement ses forêts de gratte-ciel et ses grandes avenues bordées de bâtiments imposants. Les jeux olympiques de 2008 ayant renforcé cette fièvre bétonnière, immeubles de verre, complexes hôteliers de luxe, galeries commerciales et enseignes internationales ne cessent de fleurir à tout va. Un sixième périphérique est même en cours de construction ! Et pourtant à deux pas de cette agitation urbaine il est encore possible de palper l’atmosphère d’antan en arpentant les dernières ruelles des quartiers populaires. Ces quelques « hutongs » où réside l’âme du vieux Pékin résistent encore et toujours à l’envahisseur. Dans une concentration de maisons basses en briques grises et toits de tuile qui rebiquent on y aperçoit toujours les anciens jouant au mah-jong, les mamies accroupies faisant circuler les ragots du quartier, les charrettes à vélo chargées de bardas, les gens s’éventant mollement sur le seuil de leur maison, les métiers de la rue, coiffeurs, barbiers, minuscules échoppes, gargotes et étales en tout genre. Malheureusement la ville traditionnelle s’efface peu à peu et il est à craindre que ces ultimes témoignages du vieux et pittoresque Pékin ne deviennent à terme des réserves à touristes, comme c’est déjà le cas à certains endroits où des tours à la chaîne en cyclo-pousses rutilants existent déjà. On profite d’autant plus avec grand plaisir des nombreuses scènes de vie actuelle encore offertes dans ces décors antiques.

Partie de mah-jong dans les rues de Beijing Au fil des jours on découvre également quelques traits de la culture chinoise, ses défauts et qualités. Les gens sont bien souvent curieux de voir des occidentaux. En effet avec une population de 1,3 milliards de personnes et un tourisme intérieur très important, les étrangers non asiatiques, vite noyés dans la masse, sont largement minoritaires. Les locaux semblent à chaque fois amusés de nous voir débarquer dans une gargote et se montrent la plupart du temps gentils et aimables. Dans la rue il arrive qu’un « hello » fuse d’un visage souriant, brève tentative de communication qui bien souvent n’ira pas lus loin mais fait toujours chaud au cœur. Sur les sites touristiques les chinois s’éclatent à prendre des photos à nos côtés. Malheureusement ils savent aussi se montrer sans gêne. Ils ne font pas attention aux autres et les bains de foule avec eux sont cocasses. Il faut les voir jouer des coudes pour s’imposer, pousser comme des ânes pour entrer dans la rame de métro bondée alors que les passagers précédents ne sont pas encore descendu ou encore se presser les uns sur les autres pour monter dans le bus ou être le premier à passer le portique de sécurité. D’autre part ils sont aussi assez crados. Femmes comme hommes aiment, après fort bruit de raclement guttural, à cracher par terre. Peu enclin à l’écologie ou au recyclage ils sont ultra-consommateurs de nombreux produits systématiquement emballés en format individuel dont ils laissent traîner les déchets un peu partout derrière eux. Ils font également preuve de gaspillage ; les restes sont nombreux dans les assiettes après chaque repas et les poubelles remplies d’aliments à moitié consommés. Voir ça au quotidien deviendra par la suite vite pesant.

On profite de l’Alliance Française pour dénicher des guides de voyage sur la Chine pour la suite du périple de Victor. Au bureau de l’immigration de l’ambassade il rencontre à ce propos une drôle de déconvenue. Le périple se verra-t-il écourté pour raison administrative ? Les conditions d’extension des visas pour les ressortissants français ayant été récemment durcies on lui réclame une caution financière prouvant son autosuffisance, et à hauteur de 100 $ par jour ! En d’autres termes, on lui réclame un certificat de dépôt émanant exclusivement d’une banque nationale. Habile procédé visant à « forcer » la venue de capitaux étrangers sur le territoire. C’est une honte ! Sinon, certaines agences privées peu scrupuleuses et ayant les relations crapuleuses adéquates se proposent de prolonger pour vous sans aucun justificatif votre visa, moyennant finances bien sûr (environ 150 € pour un visa valant 35 $, gloups). Il reste à espérer que les bureaux d’immigration des petites villes de province seront, comme on le prêtant, moins regardant. Affaire à suivre.

Lac Qinhai (Beijing) Le reste en vrac. Au parc Ritan on côtoie de charmants vieux jouant avec des cerfs-volants en plastique. Au théâtre XXX on reste béats d’admiration devant un spectacle d’acrobaties. Au marché de vêtements de Sanlitun, Cécilia fait sa première négociation chinoise. Et ici il faut savoir que le marchandage est encore plus violent que partout ailleurs. Ne pas avoir peur de proposer seulement 20% du prix annoncé et ensuite pas besoin de monter trop les enchères. S’en aller est alors la meilleure attitude à adopter. C’est à partir de là que les choses deviennent drôles. Souvent la vendeuse vous attrape par le bras et descend encore. Rester ferme puis repartir. La même chose se reproduit encore. La vendeuse crie, vous retient et fait une autre offre. Après plusieurs tentatives vous trouverez finalement un terrain d’entente tandis qu’elle vous dira gentiment « Tu es dure en affaire, tu veux ma perte ? ». Au marché de Wangfujing on tremble devant d’étranges brochettes de scorpions, araignées, scarabées, hippocampes (au fait c’est pas une espèce protégée ?),... ils sont fous ces chinois ! Dans les échoppes de thé on tente de se débarrasser sans succès des vendeuses ultra collantes. On déguste de succulents yaourts en pot dans les échoppes de rue. On se torture un peu sur ces agrès publics que l’on trouve un peu partout dans les rues et qui garantissent la santé aux jeunes et aux moins jeunes s’y adonnant chaque jour. A chaque moment la chaleur est terrible, il fait chaud, il fait lourd, il fait humide, c’est pénible et c’est avec délice que l’on retrouve chaque soir la fraîcheur de la clim’ de notre chambre d’hôtel. Passage par le parc Beihai, son île-colline de la Tranquillité Eternelle et son lac où circulent de petites embarcations électriques. On finit par la visite du Dashanzi 798 Art District, zone regroupant des centaines de hangars désaffectés investis par l’art contemporain. C’est le plus grand quartier d’ateliers et de galeries du monde. Cette déambulation entre espaces d’expos, cafés, restos, galeries d’arts, œuvres originales et créations loufoques exposées en plein air nous plaît beaucoup. On y découvre un tout autre visage de la capitale, plus branché et provocateur. Bref, au gré de tous ces bons moments le temps passe bien vite et il est déjà l’heure de nous quitter.

 

Victor au Dashanzi 798 Art District (Beijing)

 

A la station de la navette express en direction de l’aéroport, la séparation est bien douloureuse. Après 13 mois en permanente compagnie de l’autre, la rupture temporaire de notre tandem est rude à accepter. C’est difficile pour Cécilia de s’envoler seule vers la France et dur pour Victorien de devoir continuer cette étape en solitaire. Mais nos prochaines retrouvailles n’en seront que plus sereines et agréables. Notre équipe de choc retrouvera alors le goût du voyage partagé en direction du Népal, terminus idéal de l’épopée des P’tits Vadrouillards.

 

Contact : lesptitsvadrouillards@gmail.com

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