Dernier billet

De Kathmandu au massif des Annapurna

Après avoir fait le plein de repos, famille, amis, bonne bouffe et apéros à gogo, le tandem des P’tits Vads se réuni de nouveau pour jouer les prolongations. Pour finir en beauté, on s’envole vers le Népal, pays bordant le « toit du monde ». Après une longue journée de voyage, avec changement à Londres et escale nocturne à Delhi (pour le coup, bilan carbone plus qu’honorable ! gloups), on atteint enfin Katmandou, destination mythique pour de nombreux voyageurs. En vol, moment magique lorsque l’on voit dépasser, loin au-dessus des nuages, d’imposants sommets enneigés.

Effervescence des rues commerçantes de Kathmandu A l’arrivée, on retrouve d’emblée l’effervescence et l’agitation des villes d’Asie. Premières impressions en vrac : influence indienne beaucoup plus marquée que ce à quoi l’on s’attendait (faciès, tenues vestimentaires, culture,…), accueil chaleureux et bon enfant de la majorité des gens, circulation anarchique et pollution sonore intense (comment un simple klaxon peut-il cracher si fort ?), saleté et pauvreté importante, religions omniprésentes dans le quotidien des habitants,… Bref, un dépaysement total est au rendez-vous ! Avec les estropiés se traînant par terre et les gamins mendiant aux fenêtres des voitures on ne peut ignorer la misère omniprésente. De même pour l’insalubrité générale. Avec ses tas d’ordures partout, ses cadavres d’animaux gisant aux coins des rues, ses relents nauséabonds et autres odeurs prenantes qui flottent dans l’air, on décerne vite à la capitale népalaise le triste rang de ville la plus sale de ce tour du monde. Malgré cela, on ne ressent pas de réelle insécurité. L’influence religieuse peut-être ?! Quoiqu’il en soit, l’accueil des locaux est des plus cordial et amusé et l’ambiance particulière de la cité, fort attachante.

Durbar Square, coeur historique de Kathmandu

Qu’on se faufile dans les ruelles sinueuses ou que l’on s’émerveille devant les sanctuaires du centre historique, les yeux, le nez, les oreilles sont assaillis de toutes parts. On débute notre exploration par l’incontournable Durbar Square, cœur de la vielle ville et patrimoine architectural étonnant. C’est un ensemble de trois places où s’accumulent une multitude de temples, palais ou pagodes de bases pyramidales, aux toits multiples, formés de briques de terre rouge, de murs blanchis à la chaux et de bois finement sculpté. L’aspect d’ensemble est vraiment majestueux. Les sculptures les plus marquantes des temples népalais sont les scènes érotiques fort explicites qui ornent les étais des toits. Contempler l’animation continue depuis les gradins du temple Maju Deval est une merveilleuse façon de s’imprégner de l’atmosphère des lieux : les chauffeurs de Scène de vie  à Durbar Square (Kathmandu)rickshaws alignés qui haranguent les passants, les vendeuses d’œillets accroupies au sol, les vrais-faux sadhu (initialement : ascète hindou ayant tout quitté en quête de spiritualité) posant pour la photo, les marchandes de fruits, légumes et épices, les fidèles déposant leurs offrandes sous l’effigie de leur idole, la circulation aléatoire des deux roues, la foule de badauds dispersés, les étals de souvenirs, les vieilles femmes emmitouflées dans leur sari coloré,… A proximité on découvre également l’architecture newar des vieilles bâtisses, maisons basses souvent brinquebalantes en briques rouges, bois foncé et toit de tuiles grises. Malgré son classement au patrimoine mondial de l’Unesco, le site est resté « dans son jus ». La stabilité des bâtiments souvent précaire et l’état de délabrement avancé de certaines parties justifierait bien un léger rafraîchissement.

Promenade dans les quartiers moins touristiques de Kathmandu Pour découvrir les charmes cachés de la capitale il faut aussi savoir vagabonder sans but et se perdre dans les dédales de ses ruelles, au milieu du quotidien de ses habitants. La ville recèle quantité d’autels religieux parés de guirlandes d’œillets, de petits temples où brûlent des rangées de cierges, une profusion de représentations de monstrueuses divinités. Ce sont aussi d’innombrables cours intérieures pleines de stupas, de statues et de vie que l’on découvre au détour d’un passage. De prime abord on s’aperçoit facilement que la spiritualité religieuse tient une place importante dans la vie des népalais. Au fil du temps les deux courants principaux, hindouisme (80%) et bouddhisme (10%) ont su coexister pour parfois se mélanger et se confondre. Dans ce joyeux « bordel » la vie de tous les jours bat son plein tandis que de nombreux gamins s’amusent avec de maigres cerfs-volants artisanaux. Dans Makhan Tole, quartier grouillant par excellence, on se mêle à la foule qui arpente les rues commerçantes du vieux Katmandou, ses foires au tissu, ses boutiques locales et ses marchés improvisés à même le sol. Quelle ambiance et quelle animation ! Dans des coins nettement moins fréquentés que Durbar Square, ce genre de promenade offrant ses attraits à la dérobée nous plaît tout autant.

Quartier touristique de Thamel (Kathmandu) Logeant à l’extérieur de Thamel, quartier touristique par excellence, on échappe le plus souvent aux marchands ambulants et rabatteurs des nombreux hôtels, bars, agences ou boutiques. On y passe tout de même quelques fois pour profiter de sa concentration d’agréments pour touristes (cybercafés, pâtisseries, shops,…). Il nous faut aussi nous occuper des formalités de rigueur pour les treks que l’on projette d’effectuer. En se rendant à pied au « Tourist Center » on découvre de nouveaux quartiers populaires, plus modernes mais toujours aussi bondés et ultra vivants. Pour chaque trek il faut se procurer, contre rémunération, une carte TIMS (fiche d’information générale bidon indiquant grossièrement l’itinéraire et les dates envisagées) et un permis d’entrée dans le parc national ad hoc. On passe donc un long moment à remplir de la paperasse administrative. En attendant l’édition de nos permis de trek on déjeune dans notre première gargote népalaise. Il ne faut pas trop être regardant sur la propreté et les mouches mais c’est bon, l’essentiel quoi !

Swayambunath ou ''Monkey Temple'' Un après-midi on part en excursion au sanctuaire bouddhique de Swayambunath, à l’ouest du centre. Ce lieu de pèlerinage populaire dressé au sommet d’une colline surplombant la ville est aussi connu sous le nom de «  Monkey Temple » à cause de la communauté de macaques qui peuple les lieux. Ils sont vraiment trop mignons tous ces petits singes ! L’ensemble, foisonnement d’illustrations religieuses éparses, s’organise autour d’un grand stupa blanc resplendissant, surmonté d’un bloc cubique doré portant sur chaque face le regard du bouddha. Symbole récurrent dans tout le pays, ce dernier est toujours pourvu d’un troisième œil, point représentant la clairvoyance du Bouddha, et du signe « ek » (« un » en népali) en forme de point d’interrogation, symbole de l’unité de toute vie. Dans le sens des aiguilles d’une montre, les fidèles tournent autour en actionnant les dizaines de moulins à prières disposées à sa base. Le flottement des drapeaux à prières et le mantra sacré « om mani padme hum » accompagnent les pèlerins dans leurs déambulations spirituelles. Le site offre une vue dégagée sur les toits de la ville. Ici, point de hauts immeubles, les constructions dépassant rarement trois étages.

Resplendissant stupa de Swayambunath


Après ce premier aperçu on quitte Katmandou, tout de même content de laisser derrière nous l’effervescence et la saleté de cette grosse ville. Nous serons néanmoins rapidement freinés dans notre élan. Il faut savoir que nous sommes au début du Dashain, la grande fête annuelle hindou du pays. A l’occasion de cette importante célébration familiale les gens sont amenés à retourner dans leur village d’origine… ce qui fait beaucoup de monde sur les routes. C’est bien simple, on forme une longue chaîne ininterrompue de bus et autres véhicules se perdant à l’horizon. Le trajet pour Pokhara est donc un peu plus long que prévu. Sur la route on retrouve les sympathiques camions Tata, peinturlurés à la main de couleurs vives et leurs encourageants slogans « Please Horn » que l’on avait découvert en Inde. Autres retrouvailles, les vaches sacrées qui déambulent librement un peu partout en ruminant des morceaux de carton. Avant d’arriver on aperçoit enfin ce que l’on attendait tant : la silhouette de nos premiers sommets himalayens, waou !! Depuis la plaine verdoyante avoisinant les 800 mètres d’altitude où nous nous trouvons, la vision de ces majestueux géants flottants au-dessus des nuages est plus qu’imposante, elle paraît presque irréelle. C’est tellement haut que ça semble être un autre monde.

Massif des Annapurna au-dessus de Pokhara


Dominée par la curieuse silhouette en queue de poisson du Machhapuchhre, Pokhara apparaît vraiment plus calme et agréable à vivre que Katmandou : moins de circulation (donc aussi moins de klaxons), le bon air des montagnes, plus de place et de verdure, moins de saleté et cadre excellent. On apprécie tout de suite son charme décontracté. Il existe en fait deux Pokhara. D’abord Lakeside, version relax du Thamel de Katmandou qui affiche sans complexe sa vocation touristique le long des eaux calmes du superbe lac Phewa. Vient ensuite le vieux Pokhara, ses dernières demeures newar et sa vitalité couleur locale. Avec le massif des Annapurna en toile de fond, la ville bénéficie vraiment d’un cadre naturel exceptionnel.

Eaux calmes du Phewa Tal (Pokhara) Pour se dégourdir les jambes on grimpe à la Pagode de la Paix, harmonieux édifice blanc perché sur une étroite corniche surplombant le lac. Magnifique vue sur les eaux du Phewa Tal, la campagne escarpée, les collines alentour et les pics neigeux derrière. Après avoir cheminé à travers la forêt pour monter on opte pour un retour direct avec traversée du lac en barque.

On se répète peut être un peu mais nous nous sommes pourtant fait souvent la réflexion que les népalais sont vraiment gentils, souriants et accueillants. Même ceux en contact avec le tourisme (ce qui est pourtant le point noir d’habitude) ont bien compris qu’être calme et prévenant est plus profitable pour le business. Bravo ! Par ailleurs, leur excellente et très répandue maîtrise de l’anglais nous permet de multiplier et développer les échanges avec les locaux. C’est un véritable plaisir que de parler avec eux. Niveau culture et population il semblerait bien que l’on termine par le meilleur ! Cool.

On se rend au Musée International de la Montagne de Pokhara Dans un coin plutôt isolé de la ville on se rend à vélo faire un tour au Musée International de la Montagne. Bonne surprise car, même si la présentation n’est pas des plus esthétique, il y a beaucoup de matière intéressante : récits des premières expéditions d’alpinisme, tas d’info sur les montagnes les plus hautes du monde, superbes clichés, expo du matériel d’époque,… On aime particulièrement les photos comparatives des scènes de vie du Népal d’aujourd’hui et des Alpes d’il y a 50 ans. Avec une telle entrée en matière on est maintenant fin prêt à s’attaquer au principal attrait de la région : le tour des Annapurna, trek le plus célèbre du Népal. C’est donc parti pour 15 jours de déambulation autour du fameux massif himalayen. Pour quiconque à un tant soit peu l’habitude de randonner, ce trek est l’un des plus faciles au monde à organiser en solitaire. Avec les multiples possibilités d’hébergement et de ravitaillement aisément abordables pour nos bourses occidentales, nul besoin de s’encombrer de vivres ou de matériel de camping. De plus, impossible de se perdre le long de cet itinéraire ultra-couru. Pour les autres, on trouve partout et facilement, porteurs, guides et chevaux à prix raisonnables.

Porteurs portant en marchant gaiement Le jour du départ, derrière la vitre du bus qui nous mène à Besi Sahar, on assiste aux sanglants préparatifs de Dashain, la fameuse fête hindou qui paralyse le pays. Dans toute la campagne, sur le parvis des maisons, les familles sacrifient des animaux avant de découper la viande à même le sol. Les jours précédents on a pu voir les gens aller ou venir dans les rues en tirant une chèvre, un mouton ou un buffle vers son dernier repas. Encore 1h30 de piste défoncée avant de réellement débuter notre marche à Bhulbule. On remonte la superbe vallée de la Marsyangdi et ses terres fertiles offrant riz et maïs à profusion. En une courte étape on atteint notre première escale, Bahundanda, village perché en haut d’un cirque de rizières étagées. Très joli ! Progressivement la vallée se resserre, les cultures moins fréquentes s’étagent en terrasses sur les versants qui vont se ponctuer de forêts de conifères. On traverse de magnifiques terrains escarpés, chemins en corniche, villages typiques,... De Jagat à Koto, tandis que les bananiers font place aux épineux, le temps se gâte. On effectue la longue montée avant Tal sous la pluie. Le lendemain, les nuages assombrissent toujours le ciel. On a peur que ça dure mais à en croire les microclimats locaux cela devrait passer au grand beau dès que l’on aura bifurqué à l’ouest.

Rizières en terrasses à Bahundanda


Convoi de mules ravitaillant les hameaux des Annap' Sur le sentier on a pu se rendre compte de l’importante fréquentation du trek. Les randonneurs sont effectivement nombreux ; on passe notre temps à se doubler les uns les autres, c’est assez gênant. On croise également de pauvres bougres transportant d’énormes charges sur leur dos à l’aide d’une simple sangle passée sur leur front. Enfin, de temps à autre, on s’écarte devant les caravanes de mules ravitaillant les villages. Pour éviter la cohue et les files de groupes avec porteurs nous partirons dorénavant de très bonne heure. Depuis le début on est également surpris par le niveau de confort et les nombreux services mis à la disposition des marcheurs : nombreux lodges familiaux souvent charmants, chambres individuelles, vrais lits et matelas convenables, douches solaires (grand luxe !), menus complets matin, midi et soir, eau, électricité,… C’est incroyable mais bien sûr très agréable. Pour l’ultime (et 15ème !) jour de Dashain, nos hôtes on changé leur habituel « tika » (point rouge entre les yeux) pour une énorme tartine rouge sur leur front. Etonnant…

L'Annapurna II (7937 m) se dévoile au-dessus de Pisang Au matin du quatrième jour, les nuages s’étant dissipés, on aperçoit, très excités, nos premières pentes de neige pure dominant les forêts de sapins. MAGIQUE ! On découvre d’abord l’Annapurna II (7937 m), le Lamjung Himal (6983 m) puis le Manaslu (8156 m). Le beau temps étant maintenant de la partie, les journées parfaites (soleil et ciel immaculé) vont maintenant s’enchaîner. A quelques milliers de mètres au-dessus du sentier les hauts sommets pointent leur nez, aguichant le marcheur avec leurs parois vertigineuses et leur neige étincelante. On traverse en même temps de jolies forêts de sapins et de bouleaux aux feuilles d’automne dorées. Le climat, d’abord subtropical, a viré à l’alpin et la culture tibétaine nous a maintenant rattrapé. Les « mani wall » (murs de moulins à prières ou de pierres gravées de mantras), les stupas, temples et autres drapeaux à prières régulièrement rencontrés en témoignent. Les villages ont aussi bien évolué. Fini les maisonnettes en béton, on ne trouve plus que des constructions en pierres et bois aux ouvertures réduites. Sur les toits, chaque grossière tuile de pierre est maintenue par un gros caillou posé dessus, c’est rigolo. Mantras bouddhistes L’ambiance montagnarde des villages isolés de Pisang, Ghyaru ou Ngawal, accrochés à la montagne est paisible. On aurait envie de s’arrêter dans chacun d’eux pour y goûter le temps qui passe, rythmé par les lents travaux des champs et la course du soleil. Le chemin poursuit sa longue remontée, entouré de hautes montagnes. Depuis le sentier en balcon qui surplombe la rivière on surprend le gracieux ballet d’aigles en chasse. Majestueux spectacle que ces rapaces aux ailes déployées se laissant porter par les courants d’air le long des pentes chauffées par le soleil.

Village montagnard d'Upper Pisang En rando on adopte vite une cadence de vie spécifique. Réveillés vers 5h45 on profite du lever du jour devant un bon petit-déjeuner (thé/café, porridge/muesli et pomme). Départ aux alentours de 6h30, pause « barre » vers 9h, déjeuner vers 11h et fin de l’étape vers 14-15h, ce qui nous laisse le temps de découvrir le village et les parages avant la nuit. Dîner vers 19h et au lit vers 20h30-21h. Crevant la vie de trekeur ! C’est finalement assez agréable de suivre un rythme naturel, proche de celui du soleil.

En prévision du passage d’un important col, le Thorong La, culminant à 5416 m, on prévoit une journée d’acclimatation en camp de base à Braka (3250 m) pour monter à un lac glaciaire (le Kicho Tal) perché à 4600 m. Journée d’acclimatation certes, mais pas journée de repos puisqu’il nous faut avaler 1150 m de dénivelée en rude montée pour l’atteindre. Quel bonheur de progresser sans le gros sac à dos et quelle vue imprenable sur une grande partie de la chaîne des Annapurna face à nous. Sortie géniale ! Vraiment, les faces nord sont de loin les plus belles !

Ice Lake, au-dessus de Braka (4600 m)


Emballés par cette jolie vallée, sa rivière aux eaux laiteuses et tumultueuses, ses troupeaux de chevaux et yaks broutant librement des pâturages aux teintes rouges-orangées et le mignon village bouddhiste de Braka accroché à ses falaises, on Montagnes et culture tibétaine au coeur des Annapurnadécide de rester encore un peu pour profiter de la magie des lieux. Journée de repos pour Cécilia et son genou droit fatigué par la raide descente de l’Ice Lake et grimpette aux grottes Milarepa pour Victor. Côté bouffe, un grand bravo aux cuisinières et cuisiniers des lodges, restaurants et autres « tea house » de ce tour. Nous sommes très agréablement surpris par la variété et la qualité de la nourriture en chemin. Le paradis pour nous deux, éternels amateurs de bonne bouffe ! Nous nous attendions plutôt à passer 15 jours à nous nourrir exclusivement de Dal Baht. Assortiment de riz, lentilles dans leur jus, curry de patate et légumes et galette rigide piquante, le tout servi dans ces fameuses gamelles métalliques à compartiments, c’est LE plat national que les locaux ingurgitent trois fois par jour et (littéralement) à pleines poignées. Nous sommes également étonnés d’entendre de nombreux trekeurs se plaindre du confort rustique des lodges et du peu de choix dans les repas. Vallée de ManangAu contraire, nous trouvons les menus sacrement bien fournis. Dans chaque établissement on peut se voir apporter thé, café, muesli, porridge, œufs, toasts, pains locaux, riz ou nouilles sautées, pancakes, pâtisseries, alcools, pizzas, viandes, poisson, frites, purée, légumes, Dal Baht, sandwichs (au délicieux fromage de yak par exemple !), burgers, spring rolls, soupes, salades, momos (sorte de raviolis tibétains),… C’est quand même pas mal non ? Mais à quoi ils s’attendaient tous ces gens ? On est quand même en trek et qui plus est en haute montagne. Et n’oublions pas de reconsidérer le niveau de développement général du pays avant d’établir des conclusions hâtives. Faudrait voir à pas trop se plaindre ! Notons aussi qu’on en a entendu certains se plaindre du froid après une nuit sans duvet au Base Camp du col. 5000 m tout de même… lol

Monastère tibétain du village de Braka
Paysage minéral à l'approche de Thorong Phedi Après ces bons moments passés à Braka on retrouve notre sentier entouré de hautes montagnes : le Tilicho (7134 m), le Chulu (6630 m) et les Annapurna III et IV (7555 m et 7525 m). Ca grimpe ! L’altitude se faisant un peu ressentir, le souffle devient court. On marche pourtant tranquillement, avalant du dénivelé sans s’en apercevoir. Les paysages deviennent de plus en plus minéral, nous faisant penser au Laddakh. Avec le vent et l’altitude il commence à faire bien froid. Les ouvertures des habitations (portes, fenêtres) sont depuis longtemps réduites au strict minimum. On coupe le chemin jusqu’au col avec une étape à Thorong Phedi (4500 m), rassemblement de lodges en pierre cernés de grandes faces rocheuses. Au-dessus de nous le chemin menant au col grimpe en zigzaguant dans un pierrier à forte pente. La nuit s’annonçant fraîche on profite de ce cadre impressionnant autour du poêle.

Les Ptits Vads à l'altitude du Mont Blanc ! Au matin on découvre un étincelant manteau neigeux tombé durant la nuit et un ciel bien dégagé. Ambiance surréaliste au départ de cette dernière ascension. Les paysages sont somptueux. A l’arrivée du soleil les sommets s’illuminent un à un. Avant le camp de base du col (4925 m) on se fait doubler par un long convoi de chevaux aux poils longs. Tout est blanc autour de nous. La montée se déroule sans soucis. Par contre là-haut ça caille sévère. Le vent s’engouffre dans le col, nous gelant sur place. On se précipite dans la minuscule « tea house » qui a trouvé là un emplacement stratégique. Frigorifiés, nous profitons peu de ce singulier passage (5416 mètres au-dessus de la mer tout de même !) et plongeons vite de l’autre côté. Question MAM (Mal Aigu des Montagnes), dont on nous rabâche les oreilles depuis le départ, rien à signaler d’exceptionnel à part de légères pressions crâniennes (certains là-haut s’en étonnent… si si !). Le retour de l’Ice Lake (Braka) a laissé des séquelles chez Cécilia qui descend péniblement à cause de douleurs aux articulations. Ajoutez à cela un terrain difficile, une pente raide, de la neige fondue et beaucoup de gadoue et vous obtenez une descente pénible et sans fin. Pendant ce temps, les lignes du prestigieux Dhaulagiri (8172m) et la barre des Nilgiri se dessinent à l’horizon. On finit par atteindre la vallée de la Gandaki, aride, large et ventée de ce côté et le village touristique de Muktinath, terminus de la longue piste accidentée venant de Jomsom. Après tout ce temps passé loin de la « civilisation », le passage de Jeeps et de motos est fort déconcertant. Le genou de Céc ayant bien souffert de la descente on passera une journée de repos forcé dans cette bourgade peu typique. Lieu de pèlerinage bouddhiste et hindou, le village est surtout connu pour son ensemble de temples (réputé jusqu’en Inde !). Les fidèles y viennent nombreux.

A dada sur mon mulet !! S’en suit une drôle d’étape pour rallier Kagbeni, village maraîcher ancré dans les profondeurs de la vallée. Pour assurer la suite, Céc effectue ce trajet à dos de cheval, sans effort à fournir, tandis que Victor lui tient la bride. On traverse le village de Jharkot ressortant joliment sur une végétation aux couleurs d’automne. L’eau dévale la pente avec vivacité dans de petits canaux maçonnés. A mesure que l’on pénètre cette large vallée le décor se fait plus minéral. A l’horizon, un univers aride et hostile, le royaume désertique du mystérieux Mustang se laisse entrevoir. Après d’impressionnantes descentes sur de minuscules Oasis de Kagbeni, aux portes du Mustang sentiers de cailloux (surtout du haut d’un canasson !), on atteint Kagbeni, oasis entouré de pommiers, de champs de millet et d’orge. Comme prévu, le vent se lève avec force vers 11h. Après ces fraîches journées de hautes montagnes, on a hâte de retrouver la chaleur de la plaine. On prend malgré tout plaisir à explorer la labyrinthe de ruelles et passages de ce village encore préservé, bâti autour d’un vieux fort de terre cuite. Un simple monastère couleur ocre est en cours de réhabilitation. Flânant entre les potagers fournis, on pousse jusqu’à la limite de la « Restricted Area » du Mustang (accès limité et permis très cher). Pour quiconque viendrait à passer par ici on recommande chaudement la pension familiale de caractère « Red House ».

Vue sur les toits-terrasses de Marpha Une journée de marche peu réjouissante entre pistes, pierriers et longues lignes droites sans fin nous conduit ensuite à Marpha. Présentée comme la capitale de la pomme, on y déguste le cidre local (pas mal) et des « apple momos » (mmh !). Les murs de tout le hameau sont entièrement blanchis à la chaux, faisant ressortir les portes et fenêtres en bois rouge. Le calme et le charme des lieux sont uniquement troublés par les vendeuses de souvenirs ne pouvant retenir leurs « Hello, look look ! Good price for you ! » sur notre passage. Depuis le monastère bouddhiste dominant l’ensemble on a une belle vue sur les toits terrasses du village où sèchent quantité de fagots de bois pour l’hiver.

Marche entre Kagbeni et Marpha... pas très réjouissant Découragés par une nouvelle journée de difficile progression dans le lit de la rivière et par la circulation poussiéreuse des Jeeps et motos, on perd la motivation d’avancer. Marcher à côté d’une piste carrossable fréquentée, au milieu de paysages devenus assez monotones n’est pas très enthousiasmant. On décide donc d’enchaîner les bus locaux jusqu’à Tatopani (1190 m), tronçon présentant peu d’intérêt pour la rando depuis l’ouverture au trafic. En chemin, la verdure réapparaît à mesure que l’on progresse. Durant la descente, la chaleur augmente, la vallée se resserre et les versants se parent d’une végétation luxuriante où les bambous abondent.

La  foule se presse à l'observatoire de Poon HillMalgré les anti-inflammatoires et la crème Voltarène taxés en route à d’autres randonneurs, Cécilia a toujours mal. C’est dur pour le moral de se sentir handicapé, limité physiquement, alors que le moral et l’envie d’avancer sont toujours là. Pourtant, mieux vaut ne pas tenter le diable et s’accorder encore du repos. Comme c’est la dernière escale possible avant la fin, on se dégote un chouette hébergement pour faire durer le plaisir. Pendant que Céc profite de la riche végétation de notre jardin, où se mêlent le rouge vif des poinsettias et le jaune des citronniers, Victor part pour une ultime balade dans le parc des Annap’. D’un bon pas, il engloutit en un temps record la montée menant, après moults efforts sur un interminable escalier de pierres, à Ghorepani (2900m). C’est un hideux rassemblement de gros lodges en béton, d’ailleurs tous pleins. C’est fou le monde qu’il y a par ici. La star locale, Poon Hill (3210m), promontoire exposé accessible en trois quarts d’heures, est une destination courue attirant de nombreux touristes parfois venus spécialement de Pokhara. A l’aube Victor emboîte donc le pas des nombreux visiteurs pour découvrir la célèbre vue sur les pics enneigés du massif, dont l’Annapurna Sud (7273m) et le Machapuchre (6997m). Après une courte montée à la frontale, le spectacle du dieu soleil illuminant de sa splendeur les sommets enneigés du coin (rhooo c’est beau !) vaut bien le détour. Ne lui reste plus qu’à redescendre tout ça au pas de course pour retrouver sa belle dans les eaux chaudes et soufrées de Tatopani (littéralement « eau chaude »).

Lever de soleil sur les Annapurna (depuis Poon Hill)


Comme les locaux on voyage sur le toit La fin du tour des Annap’ comprend une longue journée de transport retour. Jusqu’à Beni, collés à la vitre avant d’un mini-bus bondé et craquant de toutes parts, on angoisse à chaque basculement vers le vide alors que le ravin tombe à pic. De Beni à Pokhara, on choisit d’éviter l’atmosphère étouffante d’un second bus plein comme un œuf en voyageant sur le toit avec les bagages. Ca tangue pas mal mais on prend l’air et on bronze au soleil. Sur notre perchoir les gens font moins attention à nous, ce qui nous permet de saisir de nombreuses scènes de vie intéressantes au bord de la route. C’est l’heure de la récolte du riz. Les gens sont affairés à couper et battre les brins au soleil. On aperçoit aussi ces grandes balançoires en bambous qui font la joie des gamins (et des plus grands !). Dans la douce lumière de fin d’aprèm, le Phewa Tal et les collines entourant Pokhara apparaissent au loin. Quelques jours de repos bien mérité nous y attendent avant de poursuivre notre aventure népalaise.

Repos mérité à Pokhara



Contact : lesptitsvadrouillards@gmail.com

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