Dernier billet

Escapade à moto

Machapuchre dominant la vieille ville de Pokhara Après un long trek autour des Annap’ nous voilà redescendus sur Pokhara pour quelques jours de repos bien mérité. Profiter des nombreuses terrasses de Lakeside, paresser au bord du lac, flâner devant les boutiques de souvenirs et négocier avec les vendeuses sont nos principales occupations. Bref, on récupère tranquillement. Pour avoir un aperçu de ce qu’était Pokhara avant l’arrivée des agences de trekking et des restos touristiques, on effectue tout de même une sortie à bicyclette dans la vieille ville où quelques maisons newar subsistent. On découvre ainsi une ville vivante et dynamique avec ses habituelles constructions modernes en béton. Si dans les rues les gens et les commerces sont nombreux, les touristes le sont beaucoup moins. Avec des incursions de verdure et une jolie campagne environnante on est cependant bien loin de l’oppressante capitale. Notre visite nous mène en différents endroits. On est d’abord impressionnés par la gorge profonde et étroite creusée au milieu de la ville par la grondante rivière Seti. On l’est aussi sur le gigantesque pont suspendu enjambant le haut et très large lit de la rivière Kali Khola. Les temples hindous et le monastère bouddhiste ont eux aussi droit à leurs fidèles et aux offrandes habituelles. Nous nous mêlons à eux au temple de Bindhya Basini.

Au guidon de la rétro Yamaha EnticerPour la suite on décide de partir plusieurs jours en escapade à moto. A défaut d’une mythique Enfield on dégote un engin bien rétro, une Yamaha Enticer rouge au léger look de chopper. Guidon relevé, poignées lacées de cuir, jambes en avant, conduite à l’esprit « pépouze » et adorables « tof tof tof » chaotiques du moteur. On adore ! On se fait d’abord la main en explorant les curiosités du coin. R  eil matinal pour admirer le lever de soleil sur les Annap’ depuis la célèbre crête de Sarangkot. De là on jouit d’une vue panoramique époustouflante sur des pics himalayens qui nous semblent vraiment tout proches : Dhaulagiri (8 167 m) à l’ouest, silhouette triangulaire du Machapuchre (6 997 m, seule montagne vierge du Népal car interdite aux alpinistes), sommet arrondi de l’Annapurna II (7 937 m) à l’est,... On enchaîne ensuite sur les Begnas et Rupa Tal, deux paisibles lacs peu visités entourés de collines couvertes de végétation. On y est au calme et au vert.


Lever de soleil sur la crête de Sarangkot


Paysage de campagne le long de la Siddartha HighwayAprès cette agréable mise en jambe on passe aux choses sérieuses avec 9 jours de trip moto dans les régions centrales du Népal. Nous quittons Pokhara sur la Siddartha Highway (un bien grand mot pour cette simple bande de goudron…) en direction du sud. On progresse lentement sur cette route sinueuse et fatigante (trous, pierres, sable, passage en piste…), serpentant entre de belles gorges qui s’élargissent et se resserrent tour à tour. Les lacets s’enchaînent et les à-pic sont parfois vertigineux. Les paysages de campagne qui défilent sont grandioses. Des forêts verdoyantes et des rizières en terrasse « décorent » joliment les collines alentour. Suite aux moissons, de grosses bottes de foin apparaissent ça et là. On traverse également une succession de villages nous laissant chaque fois les mêmes impressions : c’est vivant, animé et très coloré. La vie commerçante est débordante et les couleurs sont vraiment partout : façades des immeubles, éclatants saris drapant les femmes, vieux camions Tata peinturlurés de toutes parts, marchandises colorées empilées avec soin…

Place centrale de Tansen Après 4h de route nos fesses sont heureuses d’arriver à Tansen, village authentique situé sur les hauteurs d’une colline dominant fièrement la vallée. Hors des sentiers touristiques classiques, la ville, qui ne dispose que d’une infime offre pour les visiteurs (un hôtel sans charme et un seul restaurant), a choisi l’honorable parti de développer un accueil alternatif chez l’habitant. On loge dans une minuscule chambre rose chez une adorable famille. L’atmosphère locale ainsi préservée constitue le principal attrait de Tansen. On prend plaisir à arpenter le dédale de ses ruelles étroites et pavées, souvent en forte pente. Ambiance médiévale et charme newar demeurent intacts au cœur de la vieille ville. Le centre de la localité comprend nombre de maisons de briques et de terre rouge aux fenêtres, portes et balcons de bois d’où s’échappe le cliquetis des machines à coudre. Spécialité locale, les tailleurs sont à l’honneur un peu partout. Tansen est également connu pour ses bijoutiers.

Façade d'architecture newar à TansenOn est à Tansen au début de Tihar, deuxième manifestation hindoue la plus importante du pays après Dasain. Comme souvent la célébration de cette fête religieuse et familiale va durer plusieurs jours. Elle est entre autres consacrée à l’adoration de certains animaux. Le premier jour on offre du riz aux corbeaux, « messagers de la mort ». Le deuxième jour on honore les chiens, qui aident les âmes des défunts à passer la rivière de la mort. C’est drôle de voir les gens les attraper pour les bénir d’un tika et leur enfiler un collier de fleurs. On en croisera beaucoup errant dans les rues ainsi décorés. Le soir c’est Deepawali, la fête des lumières. Tous les foyers se parent de bougies et guirlandes lumineuses pour guider et accueillir comme il se doit Lakshmi, déesse de la richesse. Les enfants aussi sont à l’honneur. Dès la tombée de la nuit ils sortent en bandes, un plateau à la main, pour réclamer en chantant de l’argent aux portes des maisons. Ils reçoivent à chaque fois un billet de 5 roupies (équivalant à 5 centimes) de la part des habitants. Même si certains « grands » semblent parfois martyriser les plus petits de leur groupe, dans l’ensemble ils ont l’air de bien s’amuser.

Sur la route ... un scooter, deux hommes et une chèvre On reprend ensuite la route en direction du Chitwan National Park dans les plaines centrales du Teraï. Comme pour nous rappeler où se trouve le nord, on ne perd jamais de vu  e la chaîne himalayenne. C’est impressionnant de voir aussi bien cette enfilade de pics malgré les 200 km qui nous séparent. La circulation se densifie et devient encore plus folle. Pour conduire au Népal c’est vrai qu’il ne faut pas être cardiaque ! Il n’existe aucun code de la route. La seule règle que l’on observe est que l’on roule majoritairement à gauche. A part ça, tout semble permis. Outre l’état délabré des routes et ses trous et pierres à éviter, il faut aussi slalomer entre les nombreux animaux (poules, vaches, chiens, singes,…) et personnes cheminant sur les côtés. Les deux-roues doivent également savoir s’écraser devant les bus qui déboulent et vous arrivent en pleine face ne vous laissant que le bas-côté pour refuge. Mais une fois arrivés dans cette région sans grand relief ça devient carrément du grand n’importe quoi. L’influence indienne est très importante et la population plus dense et plus pauvre (pour le prouver, les vélos et charrettes se multiplient).

Vache décorée pour le festival Tihar Signifiant « au cœur de la jungle », Chitwan est connu pour être le principal parc d’Asie où explorer la faune sauvage. Cette réputation lui permet de concurrencer l’Himalaya en en faisant l’une des plus importantes destination du pays. On loge à Sauraha, petit village à vocation touristique à la lisi  e du parc. Situé sur les rives de la Rapti River (d’où l’on observe de jolis couchers de soleil), l’ambiance y est décontractée. De l’autre côté du cours d’eau, le monde sauvage du Chitwan s’étend, nous attirant par ses mystères. Sauraha est entouré de nombreux villages tharu disséminés dans une campagne broussailleuse. L’agriculture reste l’activité principale des habitants. On y découvre les adorables maisons traditionnelles tharu, de sommaires habitations beiges en terre cuite, aux formes simples et arrondies et aux toits de chaume. Accolés, on trouve souvent des sortes d’abris servant d’étable aux bovins. Poules et canards se promènent librement dans les ruelles de terre. Esprit campagnard à souhait ! Après les chiens se sont les vaches et les bœufs qui sont à l’honneur de la fête du Tihar. A leur tour d’être décorés comme il se doit.


Rive de la Rapti à Sauraha (Chitwan)


Safari à dos d'éléphant au ChitwanPour explorer le parc impossible d’y aller seul (guide obligatoire) donc difficile d’échapper aux activités touristiques pré-organisées. Comme tout le monde on embarque donc pour un très matinal safari tout terrain à dos d’éléphant dans la forêt-jungle communautaire de Baghmara. Chaque éléphant est conduit par un cornac s’occupant du même animal toute sa vie. Juché sur son cou, il le dirige en appuyant avec ses pieds derrière ses grande oreilles. En ce qui nous concerne, nous les touristes, on est assis à quatre dans une espèce de table renversée sur son dos. En balançant au rythme du tranquille roulis de l’animal on pénètre dans la forêt. La végétation est dense et tropicale. Le soleil qui se lève perce le brouillard matinal et disperse de superbes rayons à la cime des arbres. C’est dans cette ambiance de réveil de la nature que l’on aperçoit nos premiers spécimens : des cerfs, des biches et des daims tachetés, une maman rhinocéros (animal emblématique du parc) et son bébé allongés dans les fourrés et une bande de singe dans les arbres. Par contre, point d’ours lippus ou de tigre du Bengal à l’horizon. Mais peut-être est-ce mieux ainsi… Merci à notre imposante monture. En effet, la faune s’effraie moins du passage d’un pachyderme de 5 tonnes que du bruit d’une jeep ou d’un groupe de randonneurs. Et l’odeur de l’animal masque efficacement celle des humains.


Réveil de la jungle au Chitwan


Le bain des éléphants à SaurahaDeux jours de suite on se rend au bord de la Rapti pour assister, aux côtés de nombreux spectateurs, au quotidien bain des éléphants. Vers 11h, de leur démarche balourde ils convergent lentement vers la rivière pour leur toilette matinale. C’est un enchantement quasi enfantin que le spectacle de ces gros pachydermes se roulant dans l’eau, s’aspergeant ou se laissant mollement frotter (masser ?) la peau avec une pierre par leur cornac. Ils sont trop mignons avec leurs grandes oreilles et leur puissante trompe qui pendouille (comptant tout de même plus de 40 000 muscles !). Au « Elephant Breeding Center » on en apprendra plus sur ces gros animaux et leur dressage. On y voit également d’adorables éléphanteaux. Acteurs importants dans la surveillance du parc, la traque des braconniers et la recherche d’animaux blessés, les éléphants jouent aussi un rôle économique de premier ordre avec les safaris touristiques.


Famille de pachydermes au Chitwan


Menaçante rencontre lors d'une balade en pirogueEn fin d’aprèm’ on continue à faire nos touristes en se rendant faire un tour de pirogue, manière plus détendue d’explorer le parc. En raison du Tihar on a du mal à trouver un « chauffeur » car les hommes sont trop occupés à picoler entre amis ! On finit par en débusquer un qui nous emmène en balade sur la rivière. Les berges sont pleines d’une belle et folle végétation. Debout à l’arrière, le piroguier nous fait avancer sans bruit à l’aide d’une longue perche en bambou. Au fil de l’eau on aperçoit des paons sauvages, un serpent d’eau, de magnifiques oiseaux Kingfisher colorés et un rhino faisant trempette. Mais la plus impressionnante rencontre restera sans nul doute celle avec ce gavial immobile sur la rive. Cousin éloigné du crocodile, au museau long et fin, au regard menaçant et aux dents mal plantées, il impose le respect !

Décoration pour le festival de Tihar Le soir, en plus des bougies, les gens dessinent des figures colorées au pas de leur porte tandis que les gamins défilent toujours pour « racketter » les habitants en chansons. Des pétards explosent régulièrement dans les rues. Le dernier jour du festival la plupart des commerces sont fermés et les gens sortent tous dehors pour faire la fête (pauvres touristes dépendant des restaurants pour se nourrir, on galère un peu pour dîner…). Les jeunes exécutent des danses variées devant une foule motivée. L’ambiance est très bon enfant. De temps à autre un feu d’artifice éclate dans le ciel, immédiatement suivi de « Oooh ! » enthousiastes. C’est sympa d’assister à ces simples moments de fête.

... et aprèsAvant le passage chez le barbier ...Une visite chez le barbier faisant partie des plaisirs typiques du sous-continent, Victor se décide à abandonner sa barbe hirsute dans une des gargotes du village. L’homme de l’art opère d’une main experte à l’aide d’un coupe-choux en recueillant la crème à raser dans la paume de sa main. Après deux rasages il passe sur la peau une pierre apaisante avant de faire craquer ses jointures pour un vigoureux massage du visage (globes oculaires compris !). Un grand moment !

On quitte ensuite les plaines du Teraï direction Bandipur, dernière escale de ce trip à moto. La route est encore une fois très agréable. Tandis que la forêt tropicale disparaît, le relief se fait de plus en plus marqué. On retrouve de belles gorges et des pitons de végétation nous rappelant le cirque de Mafate à la Réunion. A Dumre on quitte la route principale pour s’enfoncer dans la montagne le long d’une route sinueuse, trop étroite pour laisser passer bus ou camions. L’ambiance s’apaise perceptiblement à mesure que l’on s’enfonce dans cette montagne campagnarde. Le trajet n’est pas bien long mais on a vraiment l’impression d’être loin du grand axe routier et de ses villes animées que l’on vient de quitter. Autre agréable surprise : le centre de Bandipur est interdit à la circulation.
Génial !


Rue principale de Bandipur


Campagne de BandipurOn se sent tout de suite bien dans cette bourgade perchée le long d’une haute crête. Ambiance médiévale et architecture newar superbement restaurée procurent aux lieux un charme indéniable. Dans ce chouette village piéton ne comptant quasiment aucune construction moderne, la vie des commerçants et agriculteurs s’écoule tranquillement. Atmosphère calme et sereine garantie. A la nuit tombée les coupures d’électricité quotidiennes plongent les maisons dans l’obscurité tandis que les quelques tables en « terrasse » sont simplement éclairées à la bougie. Sympa ! Dans les montagnes environnantes de courtes randos mènent vers des temples, points de vue et villages intéressants. Une autre sortie nous conduit à Sidha Gharu, une immense grotte souterraine. La visite tenant presque de la spéléo on est heureux d’avoir un guide à l’intérieur ! Mais le plus impressionnant est cette grande « salle » dans laquelle on descend le long d’échelles métalliques. Le Lonely Planet la présente comme étant « aussi grande qu’une cathédrale », ce qui est largement justifié. Lorsque les nuages se dispersent, différents perchoirs aux alentours de Bandipur nous permettent de profiter encore une fois d’un extraordinaire panorama sur des sommets himalayens. On est ravis de cet agréable séjour.

Easy rideuse Après cette escale reposante on achève notre boucle en regagnant Pokhara. Avant de restituer notre bolide un dernier crochet nous mène au Jangchub Choeling Gompa, monastère du village de réfugiés tibétains de Tashi Paluel. Arrivés à l’heure de la prière on a la chance d’entendre la psalmodie des moines au son des trompes. Encore une fois on aura bien apprécié la liberté de mouvement associée au déplacement à moto. C’était également agréable de parcourir des coins nettement moins courus et au passage d’appréhender un peu mieux le quotidien népalais. Pour la suite nous revoilà devenus piétons. C’est donc en bus que l’on retourne à Katmandu (7h30… ouf !), d’où l’on va préparer notre prochain trek. Mais ça c’est une autre histoire…




Contact : lesptitsvadrouillards@gmail.com

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