Dernier billet

Trek de Langtang à Helambu

Région du Langtang National Park 7h du mat’, tassés dans un bus local bondé, nous sommes prêts (autant qu’on puisse l’être) à affronter une dizaine d’heures de trajet pour rejoindre le point de départ de notre second trek népalais. On ne s’attendait pas à une journée très folichonne bien sûr mais là on peut vraiment dire que ce fut le plus horrible trajet de notre voyage ! Tout y est cumulé : prise de tête avec les locaux pour un problème de place (forcément lorsqu’on vend deux fois les mêmes sièges…), atmosphère sale et nauséabonde, passagers vomissant toutes les 5 minutes (et directement dans le bus s’il vous plaît !), longueur et lenteur du parcours (9h30 pour seulement 130 km, pas mal non ?), route défoncée au possible et record du nombre de gens dans (et sur) un même véhicule (environ 150 ?!). On est bien loin de notre référentiel français habituel ! Malgré tout, et comme toujours, on finit pourtant par arriver à destination en atteignant enfin le village de Syabru Besi (1 470 m). Ce trajet nous aura conduit aux portes du parc national du Langtang, dans les montagnes du nord de Kathmandu. D’ici, l’idée est de remonter une grande partie de la vallée du Langtang avant de revenir sur nos pas pour bifurquer au sud, vers les lacs sacrés de Gosainkund, et accéder, par le haut col de Laurebina, au district de l’Helambu. Un sympathique itinéraire qui devrait nous faire regagner la capitale après un peu plus de deux semaines de marche. La région a beau être la troisième par ordre de fréquentation pour le trekking, elle n’accueille pourtant qu’une infime partie des visiteurs qui lui préfèrent plutôt les sentiers de l’Everest et de l’Annapurna.

Dur la vie de trekkeur On est vraiment ravis de repartir en mode « trekkeur ». Dans ce pays au relief important et aux infrastructures réduites, la randonnée est vraiment le meilleur, et bien souvent le seul, moyen d’accéder aux hautes régions montagneuses dont on raffole tant. Ici la marche n’est donc pas seulement solitaire et sportive, comme ça a pu être le cas en Nouvelle-Zélande par exemple, mais davantage un moyen de déplacement permettant de découvrir des coins reculés et d’aller à la rencontre de villages isolés.

Végétation tropicale du fond de la vallée Durant trois jours nous remontons la majestueuse vallée du Langtang, creusée par la rivière du même nom qui dévale en contrebas du sentier. La pente est telle que ses eaux grondantes sont en perpétuelle écume dans son lit chargé de blocs rocheux. L’ambiance est d’abord tropicale. On remonte ensuite longuement, et de manière parfois très abrupte, à travers bois en passant devant quelques cascades. A mesure que les heures de marche défilent, les paysages évoluent autour de nous. Les gorges étroites, couvertes d’une luxuriante forêt de bambous, d’immenses arbres dégoulinant de mousse et peuplés d’oiseaux et de petits singes, laissent peu à peu place à un environnement alpin plus hostile. Remontée de la vallée du Langtang Bien que les zones traversées soient peu habitées, quantité de lodges jalonnent le trajet. On passe ainsi d’un environnement de jungle à celui de pâturages d’altitude avec ses herbages desséchés et ses maigres buissons épineux aux jolies couleurs d’automne. La végétation se raréfie et s’assèche. Des « mani walls » (murs de pierres gravées de prières bouddhistes) ponctuent alors le parcours. Dans ces alpages aux pieds des glaciers, des yaks paissent paisiblement entre les murets qui séparent les parcelles de terrain. Et au-dessus de nous, les hauts sommets aux neiges éternelles bordant la frontière du Tibet se dévoilent enfin. Ils nous avaient manqué ceux-là ! Les vues sur le Langtang Lirung (7 245 m), point culminant de la région, sont particulièrement splendides.

A travers bois et forêts


Rassemblement de   lodges à BambouLa région est nettement moins fréquentée que celle des Annapurna. C’est vraiment appréciable de ne croiser qu’un nombre raisonnable de personnes en chemin. Mais malgré ça, le trek laisse tout de même une impression « touristique ». La majorité des « villages » croisés ne sont en réalité que des groupements de lodges pour trekkeurs, où l’offre est bien supérieur à la demande. Cette situation, où de nombreux habitants ont troqué leur mode de vie ancestral pour s’essayer au tourisme et se sont rendus « dépendants » des visiteurs, n’est pas franchement idéale. Tous les gens que l’on croise nous demande où l’on se rend pour ensuite nous recommander tel ou tel lodge, celui de leurs connaissances ou famille bien entendu. Chaque fois que le chemin passe devant le moindre établissement on se fait interpeller (pas toujours gentiment !) pour s’arrêter boire un thé ou manger quelque chose. Même chose devant les étalages de souvenirs tibétains. A la longue c’est usant !

Alpages autour de Langtang Le village de Langtang est le seul véritable village de la vallée. C’est donc avec plaisir que nous y retrouvons des habitations et des modes de vie restés traditionnels. Dans le style tibétain, les constructions de Langtang et des hameaux environnants sont faites en pierre avec des fenêtres de bois sculpté. Des bouses de yaks sont posées sur les murs pour sécher au soleil et venir ensuite grossir les provisions de combustible pour l’hiver. En bon français, on se fait un devoir de passer par la fromagerie coopérative du coin. Au Népal on ne trouve quasiment qu’une seule variété de fromage : le fromage de nak (femelle du yak !). Très variable il peut aller du fade « Chaussée aux Moines » au parmesan goûtu. On atteint ensuite l’objectif de ce trek, Kyanjin Gompa (3 870 m), rassemblement de lodges coincé entre les contreforts himalayens et le plateau tibétain.

Poste avancé de Kyanjin Gompa De Kyanjin Gompa, magnifiquement situé dans son écrin de haute montagne, on bénéficie de panoramas époustouflants sur les pics et les glaciers environnants du Langtang Lirung (7 246m), du Kimshung (6 781 m) et du Langshisha Ri (6 370m). Dans les parages, Victor part faire l’ascension du Tserko Ri, culminant à 4984 m. La montée est raide mais avec sa forme habituelle et sans gros sac sur le dos il mettra moins de 2h pour parcourir les quelques 1115 m de dénivelé qui le sépare de la forêt de drapeaux à prières plantée au sommet. La neige de la nuit précédente a recouvert le parcours d’une fine couche duveteuse. Là-haut la vue est imprenable ! On est réellement au cœur de l’Himalaya, entouré d’impressionnants glaciers et d’imposantes montagnes aux pentes drapées de neige. Quel régal pour les yeux ! Cécilia, freinée depuis le tour des Annap’ par une douleur au genou doit l’attendre au village. Le mal s’étant réveillé, une marche prolongée et surtout trop raide en descente la ferait souffrir inutilement. Esthétique pic drapé de neige Etre venu jusqu’ici représente déjà une belle victoire alors mieux vaut ne pas tenter le diable ! La journée est superbe. Aucun nuage à l’horizon. Au soleil et abrité du vent il fait chaud mais le soir venu c’est une autre histoire. Dormant à plus de 2000 m d’altitude depuis notre départ on trouvait déjà les soirées bien fraîches mais là, dès l’instant où le soleil bascule derrière les montagnes (vers 16h), ça caille sévère ! Il n’y a alors plus qu’une chose à faire : enfiler des habits chauds et se coller près du poêle de la salle commune. Heureusement, la nuit, bien calfeutrés dans nos gros duvets, nous n’avons (presque) plus froid. Mais ces conditions sont tout de même bien éprouvantes et on est loin d’imaginer passer un hiver complet ici !

Au sommet du Tserko Ri

 
Cultures en terrasses du village de Thulo SyabruAprès cette belle journée dans l’environnement hautement montagnard du poste avancé de Kyanjin Gompa nous reprenons la route en sens inverse. Deux journées de redescente de la vallée nous apportent une autre vision du chemin parcouru. Après les baraques du lieu-dit de Landslide nous bifurquons vers le sud et remontons les flancs de la vallée. Nous abandonnons ainsi la bouillonnante rivière Langtang pour grimper dans une végétation dense et tropicale. Puis, au détour d’un virage, la forêt disparaît et la vue s’ouvre sur un magnifique cirque de cultures en terrasse. En haut, sur la crête, apparaît l’authentique village de Thulo Syabru. Ici nous tenons un conseil de guerre. En effet, la redescente du Langtang a réveillé et accentué la douleur au genou de Cécilia. Avec les difficiles journées de marche qui nous attendent encore, la poursuite du trek dans ces conditions semble fort compromise. Pour ne pas avoir à abandonner et profiter quand même de la région nous prenons la même décision qu’à Muktinath sur le tour des Annap’, à savoir, louer les services d’un cheval pour continuer notre route en « walk and ride ». On a ainsi le droit à une journée de repos forcé sur place, le temps qu’Andawa, notre « horseman », court la montagne pour mettre la main sur son cheval. Eh oui, ça a aussi ses inconvénients de toujours laisser les animaux en totale liberté !

On poursuit en walk and ride Il nous faut d’abord avaler une longue et rude montée dans les bois avant d’échapper complètement à la vallée et dépasser enfin la limite des arbres. Solidement cramponnée à sa monture, Céc se fait hisser sans trop de problème. Impressionnant comme l’animal est capable de franchir des passages escarpés et des pentes raides. Pour la cavalière forcément ça secoue un brin ! Parvenus aux modestes lodges de Laurebinayak à 3 820 m, nous bénéficions d’une incroyable vue dégagée tout autour de nous. Le soleil se couche au loin, derrière les géants himalayens dont les pieds baignent dans une incroyable mer de nuages. La vue embrasse les Annapurnas, le Manaslu, la chaîne du Ganesh Himal et le Langtang Lirung. Au nord, derrière la première rangée de pics, ce sont les étendues isolées du haut Tibet. A vol d’oiseau on en est vraiment tout proche (5 km peut-être).

Mer de nuage depuis Laurebina Yak

 
Arrivée au col de  LauribinaL’ascension se poursuit jusqu’à la région des lacs sacrés de Gosainkund. Les paysage sont alors entièrement minéraux et désolés. En août, Gosaikund est le site d’un grand pèlerinage hindou. Pour l’heure nous n’apercevons qu’un seul sadhu (ascète hindou ayant tout quitter pour mener sa quête spirituelle) au bord de l’eau. Plongé dans ses méditations il est capable de rester ainsi immobile des jours durant sans même boire ni manger. Son état de dégradation physique fait peine à voir. C’est fou de voir jusqu’où la religion peut mener certains… Coincés entre les montagnes se trouvent des dizaines de lacs d’altitude. Nous n’en apercevons bien sûr qu’une infime partie mais quel plaisir que de découvrir une nouvelle étendue d’eau pure derrière chaque colline. Nous franchissons facilement le col de Laurebina (4 610 m), dernier obstacle nous séparant de l’Helambu, zone redescendant lentement vers Kathmandu. La première section est vraiment raide. Le sentier est encombré de cailloux roulants et de grosses pierres. Autant dire qu’à cheval c’est une sacrée expérience ! Très impressionnant. Ce qui nous embête le plus c’est de ne pas savoir à quel point ces passages sont dangereux pour l’animal, qui semble peiner dans les pierriers et les fortes descentes. Depuis le col le sentier est d’ailleurs difficile et le cheval fatigue. Personnellement nous n’y connaissons rien mais Andawa ne semble finalement pas connaître ce parcours (et donc sa difficulté…). Nous craignons qu’il accepte de passer n’importe où simplement pour toucher la somme prévue. Situation embarrassante. De plus, cette combinaison (Victor à pied et Cécilia à cheval) ne fonctionne pas forcément très bien. Notre nouveau compagnon de voyage Les rythmes différents de progression (devinez qui est devant ?!) nous empêchent de profiter de ces moments ensemble comme nous l’aimons tant. Ajouter à cela la présence continue d’un « horseman » pas toujours très sympathique et ne comprenant que 10 mots d’anglais et notre décision est prise : écourter notre collaboration, renvoyer ce petit monde chez lui et continuer à pied. Le plus difficile est derrière nous et Cécilia a pu pas mal se reposer durant ces 3 étapes sur le canasson. On décide donc d’alléger quelque peu l’itinéraire final afin de pouvoir retrouver cette liberté de mouvement qui nous est chère. Ainsi il ne nous restera plus que deux jours de marche pour regagner tranquillement Kathmandu. Un grand merci à Badal (c’est le nom du cheval !) qui nous aura permis de poursuivre l’aventure et d’admirer ces superbes paysages.

Lac sacré de Gosainkund

 

Redescente sur la crête de l'Helambu Nous progressons maintenant sur une belle crête dominant de chaque côté les deux vallées d’Helambu et ondulant vers le sud en direction de Kathmandu. Dans cette région très peu touristique mais aussi peu habitée nous traversons tout de même quelques villages sherpa à l’ambiance campagnarde. Dans ce cadre vallonné le sentier enchaîne les montées et les descentes. C’est fatigant mais nous sommes tellement contents de marcher à nouveau librement ensemble qu’on l’oublie presque. Le temps est radieux ! Depuis cette incroyable ligne de crête, offrant de belles ouvertures sur la chaîne himalayenne, nous profitons une dernière fois de ce ciel habillé d’esthétiques sommets. A nos pieds une superbe mer de nuages persiste, nous cachant l’agitation de la vallée de Kathmandu. Nous n’avons jamais rien vu de tel, si ce n’est depuis le hublot d’un avion. La classe ! Plus nous avançons et plus la « civilisation » se fait ressentir. Les gens, les maisons, les animaux (vaches, poules,…) croisent plus souvent notre chemin et les montagnes se couvrent de cultures en terrasse. Nos derniers pas nous font traverser le Shivapuri National Park, large et paisible forêt. A force de perdre de l’altitude nous finissons par rallier Sundarijal et la route : point de sortie du trek. Le retour dans l’animation de la capitale, 1h de bus plus tard, est assez brutal. Mais toutes les bonnes choses ont une fin et nous sommes malgré tout heureux de retrouver un certain confort après 13 jours de conditions rustiques : chaleur de la vallée, connexion Internet, salle de bain privée, nourriture variée,…

Derniers regards sur la chaîne himalayenne

 
Forêt du Shivapuri  National ParkDepuis notre précédent retour à Kathmandu, nous avons changé de quartier. Nous délaissons Chhetrapati, au sud de Thamel, pour passer à Paknajol au nord cette fois du ghetto touristique. Avec son calme jardin, notre hôtel est agréablement situé à l’écart de l’agitation touristique. La tenue générale est par contre vraiment à l’arrache : coupures de courant longues et prolongées, chambres un peu défraîchies et pas toujours très propres et douches plus qu’aléatoires.

Voilà déjà huit semaines que nous parcourons ce beau pays. Nous ne sommes vraiment pas déçus et entendons profiter pleinement des 15 jours qui nous restent avant le grand retour. Seront à l’honneur les richesses de la célèbre vallée de Kathmandu : sa perpétuelle effervescence, sa population dynamique, ses temples et autres sites remarquables...

Les Ptits Vads en trek




Contact : lesptitsvadrouillards@gmail.com

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